Correspondance de Pol de SURIREY de SAINT REMY février 1885 - 1887


St Lô  ,  Dimanche 8 février 1885

Ma chère Alix,

J'aurais voulu te remercier plus tôt de ta dernière lettre mais comme je ne puis guère écrire que le soir, à cause des enfants, et que j'étais trop fatigué pour veiller ces jours derniers, j'ai été obligé de remettre mon projet.
    Victoire va bien et ne tousse plus; elle voulait même aller à la messe ce matin ce à quoi je me suis opposé, le temps était à la pluie et au vent. Les enfants vont tous bien et vont enfin rentrer en classes demain matin, ce dont je suis enchanté, car les avoir toute la journée sur le dos , c'est trop fatiguant et j'en ai assez.
    Je n'ai pas vu le docteur depuis une quinzaine de jours; à sa dernière visite il m'avait mis au moins 6 pointes de feu, je pense qu'il va me laisser reposer. Demain je commencerai mon eau du Mont Dore et en prendrai pendant une vingtaine de jours.
    Je vois bien qu'il est inutile de songer à reprendre du service actif; j'aurais pu arriver au grade de Chef d'Escadrons et me retirer avec une retraite plus forte: mais outre ma maladie actuelle  j'ai eu pendant une quinte de toux une petite hernie qui m'oblige à porter un bandage. Le docteur m'assure que ce n'est presque rien et qu'elle se guérira, mais je dois m'abstenir de tout effort, de tout travail fatiguant: je me suis donc décidé à demander ma retraite et je pense que dans deux mois elle pourra être liquidée.
    Pas de nouvelles de Schrassig, par conséquent pas de détails à  te donner sur notre future belle-sœur: la lettre d'Anatole  était celle d'un amoureux et ne disait rien. Je crois que ce mariage ne satisfait pas tout à fait mon b. père; comment va-t-il faire pour constituer une dot? Peut-être regrettera-t-il enfin de ne pas avoir vendu quand les terres avaient de la valeur. C'est très joli d'être grand propriétaire, mais il faut en outre avoir un portefeuille garni. En Belgique on ne donne pas de dot, on fait tout simplement une rente.
    La tante Léon semble nous oublier tout à fait; elle n'a même pas répondu aux lettres de Victoire, ce qui me fait craindre un peu de trouble avec Schrassig.
    Je voudrais bien savoir que Thérèse est enfin en possession d'une femme sur laquelle elle pourra compter; il est temps qu'elle prenne un peu de repos avant l'événement.
    Ce que tu me dis de cette pauvre Mme Rupp me fait craindre qu'elle ne puisse aller bien longtemps; quel chagrin pour son fils et comme son existence sera triste.
    Que devient donc Mr de Pibrac? Je n'entends plus parler de lui et il ne nous a pas envoyé de cartes de visite, ce qu'il ne manquait jamais de faire.
    Au revoir ma chère Alix, je te souhaite un bon voyage et tous nous vous embrassons de tout cœur.

Ton dévoué frère et ami            
Pol


 St Lô  (été 1885)

Ma chère Alix,

Merci pour le cadeau destiné aux enfants: les garçons désiraient beaucoup des ustensiles de pêche, ce que je leur ai donné de suite. Nous n' y avons été encore qu'une seule fois, Victoire était avec nous, il faisait charmant au bord de l'eau: nous n'avons rien pris, nous n'avons pas de bonnes amorces, nous serons plus heureux une autre fois. Rassure toi il n'y a aucun danger, je n'ai donné qu'une seule ligne à la fois et chacun son tour vient pêcher à côté de moi. Il n'y a malheureusement pas d'école de natation ici et je ne sais vraiment pas quand ils pourront apprendre à nager.
Tous les jours de 9  heures à midi un moniteur vient faire travailler les trois garçons: jusqu'à présent nous sommes très contents d'eux, ils sont sages et ne se font pas prier pour faire leurs devoirs. Dans la journée ils sortent un peu avec nous, ils ne me fatiguent pas. Nous serons cependant très heureux de les voir rentrer en classes, ils ont encore juste un mois de vacances.
Je crains bien de ne pas trouver ici un professeur pour faire commencer le latin à Pierre: les classes de 8° et de 7° sont tellement simples que je vais essayer de donner une heure par jour. Je prendrai les même livres qu'au collège et notre aîné pourra encore aller pendant un an chez les frères, où il se fortifiera beaucoup plus qu'au collège.
Jean s'applique assez bien , mais quelle tête légère, il ne sait pas ce que c'est de réfléchir et pense à tout autre chose qu'à ce qu'on lui demande. Le calcul est pour lui chose très difficile et qui aura bien de la peine à entrer dans sa tête de linotte.
J'ai été surpris de la façon dont Adrienne lit, j'étais loin de penser qu'elle avait appris si vite d'autant plus qu'elle fait peu parade de son savoir; je n'ai donc pas été étonné de lui voir accorder le 1er prix de lecture.
Nous avons enfin depuis hier un peu de pluie, elle était bien désirée par tout le monde, surtout par les gens de la campagne; pourvu qu'elle dure un peu car jusqu'ici elle a à peine enlevé la poussière. La ville nous rationnait déjà l'eau et si la sécheresse persistait il serait à craindre d'en être réduit à se servir de l'eau de la rivière, dont la propreté laisse pas mal à désirer.
Je vais pas mal en ce moment, je marche bien, l'appétit se maintient: j'attends un de ces jours le docteur qui doit m'examiner et constater l'effet qu'aura produit le traitement. A mon arrivée ici j'ai été pendant quelques jours très fatigué et j'ai dû rester à la maison ne prenant l'air que dans notre petit jardin. Victoire ne va pas mal quoique toujours sur pieds et très occupée de la marmaille et des nombreux raccommodages qu'elle nécessite: Marie l'aide beaucoup dans ces réparations, je ne sais pas qui avait fait croire à Victoire qu'elle ne savait pas coudre, elle est au contraire assez adroite.
Nous avons vu arriver avec peine la fin de notre tonneau de cidre qui était si bon: j'espère pouvoir trouver le pareil mais je n'en prendrai en ce moment qu'un petit tonneau, car je crois qu'il sera en si grande abondance cette année qu'il diminuera de beaucoup.
Je suis tout confus de l'envoi de Mr Rupp, je crains qu'il ne se prive pour nous: il me semble qu'il y a encore des asperges ici, c'est demain grand marché et si on en trouve j'en enverrai à Mme Rupp. Cette pauvre femme va être bien désolée de te voir partir pour si longtemps, et du reste elle ne sera pas la seule à regretter cette longue absence, tu ne saurais croire combien Victoire est peinée de penser qu'elle ne te verra pas cette année.
Je suis bien content de ce que tu me dis de Fanny, le travail la distraira beaucoup, il faut seulement qu'elle ne se fatigue pas. Ma lettre suivra de près l'arrivée de Thérèse et de Paul, fais leur toutes nos amitiés.
Au revoir, ma chère Alix, tous nous vous embrassons de tout cœur.

Ton dévoué frère
Pol


 Jeudi 18  (1887)

Ma chère Thérèse,

Tu n'auras qu'un mot car je ne puis même plus écrire, ma tête ne me le permet pas. Ta lettre est arrivée trop tard pour qu'on puisse porter le bonnet à la poste avant 5 heures; Pauline était très contrariée mais à cela elle ne pouvait rien;
Je voudrais bien voir Paul car je suis si souffrant que je ne sais si ça pourra aller longtemps; toi aussi j'aurais été heureux de te voir.




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