Correspondance d'Hyppolite de SURIREY de SAINT REMY

 

Au citoyen
Hippolite Surirey, chez la
Citoyenne veuve Trécourt  imprimeur
à
Mezieres
Département des Ardennes


Zuric le 7 nivose an VIII ou 26 déc 99  (v.tt)

Mon bien cher ami!
Je viens de recevoir enfin de vos nouvelles, par l'agréable chère du 21 frimaire, et en même temps la nouvelle que c'est déjà la quatrième lettre que vous m'avez adressé; je vous dirai donc que je n'ai reçu aucune précédente; je n'ose pas penser à ce qui en est la cause, je vous prie seulement de ne jamais m'écrire de choses particulières, car je suis entouré des êtres qui ne cherchent qu'à me rendre encore plus malheureux que je suis.
Servez vous toujours de l'adresse,      , mais par dessus toujours le couvert avec mon adresse, S.H. fuzich fike.
Notre ami (c'est comme cela que nous le nommerons à la suite toujours ma cousine) n'a enfin reçu aucune de vos lettres, et apparemment que vous lui avez fait partir sous mon enveloppe: il a été extrêmement enchanté de recevoir par moi la nouvelle de votre existence, et vous dira le plus dans l'incluse. Jusqu'à ce moment nous avons toujours vécu comme dans le moment où vous nous avez quitté; la santé de mon ami est la seule chose qui nous rend malheureux; a propos notre ami T. (ou S)qui a logé chez moi, existe encore et se porte très bien.
Depuis votre départ je n'ai guère vu personne, mes anciens amis à l'armée n'ont fait que passer chez nous, et je ne voulais plus faire de nouveaux connaissances.  Tous mes moments libres sont consacrés à notre ami, guère nous ne nous voyons sans parler de vous; consolez vous jusqu'au moment heureux de notre revoir.
Je suis on ne peut plus sensible à l'état de votre chère santé, soigné vous je vous en prie tant que vous pourrez, car il paraît que vous en avez bien besoin.
Vous me mandez des nouvelles de ma femme; oh que je suis fâché que je ne peu pas lui montrer votre lettre, car elle me demande toujours si je n'ai pas de vos nouvelles; et cela serait plus que je n'oserai, que de lui faire savoir que nous nous entretenons de notre ami; et c'est pourquoi que je vous prie , de m'écrire à l'avenir tout ce qui regarde a cette jeune personne, sur une petite feuille séparée, afin de pouvoir montrer vos lettres à mon épouse. En attendant je peux vous assurer qu'elle prend un intérêt extrême à vous et à vos camarades .
Ce serai bien mieux de savoir le moyen, comment vous pourrez nous rejoindre sitôt, s'il est possible de m'en faire part, j'en serai bien charmé, car je serai impatient à ce moment heureux.
La lettre que vous m'avez encore écrite de votre dernier cantonnement ne m'est jamais parvenue, peut-être cependant qu'elle est venue dans des mains qui me l'ont retenue, et je serai aussi faché de cela de cela que vous;
Quant à moi je ne vous ferai aucun tableau de mon existence; elle est toujours la même et je ne vive absolument que pour mes enfants, qui au lieu de me rendre heureux, augmentent encore mon malheur, parce qu'il ne seront élevé que pour un même sort.
J'adresse cette lettre à votre hôtesse, pour qu'en cas que vous seriez parti de l'endroit, elle vous parvienne plus sûrement.
Répondez moi tout de suite, et de la manière indiquée, je ne tarderai pas, à vous écrire aussitôt avoir reçu de vos nouvelles.
Monsieur Diqqelmann vient me dire qu'il n'a reçu la moindre chose pour vous, jusqu'à ce moment.
Adieu mon ami, je vous embrasse, et suis à jamais votre dévoué et sincère
fz
 
 
 


Monsieur de Surirey
A Mezières
Mettet le 16 avril 1801

Voilà deux jours mon fils que je fais chercher un cheval pour vous l'envoyer. enfin l'on m'en promet un pour ce soir; je ferai donc partir Louis demain de bon matin; je vous embrasserai avec plaisir Louis vous dira pourquoi cette difigulté pour avoir un cheval en vous apprenant le malheureux sort de mon…(Sansiq?) et de sa femme; il vous dira aussi l'accidant qu'il met arrivé il y aura bien tot un an et dont je me resentirai toute la vie, ces ce qui mempaiche de vous écrire plus amplement . votre tante sera très aise de vous revoir, elle vous embrasse.
Il met impossible mon amis de vous envoyer plus de quatorze couronnes. Si javais pu vous en eussiez davantage mais vous devez savoir ma position. Il n'y a pas longtemps que je vous ai envoyé deux louis. Bon soir mon fils, je ne peut pas vous en dire davantage, je vous embrasse.
 
 
 


A Monsieur de Suriray ancien Lieutenant Colonel et chevalier de St Louis
Château de Mettet près Charleroi
Par philippeville
Chez Madame Defaloy a Suresne près Paris
Neuilly S.S

Monsieur de Surirey
A Louvergny par attigny
Dépt des Ardennes


Tonneins le 11 9bre 1806

Monsieur,

Un avocat que j'ai connu il y a quelques années à Toulouse, et que j'ai rencontré à Paris l'année dernière, m'apprit qu'un Mr Suriray, Lieutenant-colonel et chevalier de St louis, demeurait autrefois rue des Lions St Paul. Je parcourus cette rue en demandant ce Mr Suriray, sans pouvoir le découvrir, étant sur le point de revenir en province, je ne pus prendre de plus amples informations.
Le même avocat m'a adressé il y a quelques jours la note ci après …"en 1783, et depuis, il existait un Mr Suriray Lieutenant colonel et chevalier de St Louis, lequel habitait en son château de Mettet par Philippeville près Charleroi. Made  Suriray sa mère et madlle Moussin demeuraient à Paris rue des Lions St Paul.
Sommes nous parens Monsieur? Ai-je l'honneur de vous appartenir? Mon père est du village de St Remi près d'Arcourt en Normandie. Etant peu riche, il passa à la Louisiane  au service d'Espagne, avec le grade de Capitaine des grenadiers. Il se maria dans ce pays avec ma mère qui vit encore. Les biens de ma mère, joins à ceux que mon père acquit, formèrent une fortune immense, qui malgré quelques pertes que nous éprouvâmes en Amérique, nous donnait plus de quatre vingt mille livres de rente, réalisé en France.
Telle était notre fortune depuis 1784, année de notre arrivée à Bordeaux, jusqu'en 1792: mais à cette époque la Révolution déploya un caractère si atroce, si sanguinaire et si spoliateur, que nous fûmes, comme tant d'autres, victimes des désordres et de la rapine. Nous perdîmes en 1793, 7 à 8 cents mille francs de biens, valeur numéraire, et nous nous estimâmes encore très heureux d'avoir conservé la vie, et une fortune, ou plutot un reste de fortune assez considérable, pour nous faire vivre avec aisance.
J'ai entendu dire à mon père, qu'un cousin de mon grand père, appellé Suriray de St Remi, était entré dans la finance à Paris, et que le fils de ce Mr de St Remi avait servi dans l'artillerie ( il a même laissé des mémoires imprimés très estimés. Je les ai vu au dépôt Général de la Guerre). Ce Mr de St Remi sortit je crois du corps d'artillerie pour entrer dans les Grenadiers Royaux, il passa à la Martinique, s'y maria très richement et depuis bien des années nous n'en avons entendu parlé.
Etes vous Monsieur ce Mr de St Remi? Ou sommes nous enfin parens? Le désir d'étendre mes liens, et de retrouver des parens sont les seuls motifs qui m'engagent à vous écrire. Ma mère vit encore, nous sommes quatre enfans; trois garçons et une demoiselle. Aucun de nous n'est marié. Nous avons comme j'ai eu l'honneur de vous le dire, une fortune qui nous permet de vivre avec aisance. Si la paix pouvait se faire, et que le commerce reprendrait son activité ordinaire, notre fortune consistant en maisons à Bordeaux et en fonds de terre dans les environs de Tonneins, nous donnerait 35 à 40 000# de rente, ainsi Monsieur, en faisant de semblables recherches, nous ne courons point après la fortune.
Je suis l'aîné de ma famille, j'ai servi dans le corps du Génie. J'ai fait les fonctions de Lieutenant colonel dans cette arme pendant 4 ans. Je me suis retiré du service, lorsque j'eus le malheur de perdre mon père il y a 5 ans. Mon frère le second est en ce moment à Paris, où, de concert avec un de ses amis, il fait imprimer un ouvrage considérable sur l'astronomie, la physique, la chimie, la géologie, la physiologie et l'idéologie. cet ouvrage, qui je crois fixera une époque mémorable dans les fastes des connaissances humaines, est le fruit du travail, des réflexions et des profondes connaissances de mon frère et de son ami.
Telle est Monsieur l'origine de ma famille, sa composition, et son état actuel. Deigner je vous prie me faire une réponse, et me mander si vous connaissez Mr de Barbé, fils d'un ancien major de la citadelle de Blaye. C'est un émigré rentré, qui est musicien et fait des pianos. Je l'ai vu à Blaye, lorsque j'étais chargé comme ingénieur en chef de la défense des côtes; il m'a dit avoir l'honneur d'être admis chez vous au château de Mettet.
J'ai l'honneur d'être Monsieur, avec une parfaite considération

Votre très humble et très obéissant serviteur

Suriray de La Rue
Ex officier du Génie
Membre du collège électoral du département

Mon adresse est à Mr Suriray de…
A Tonneins
Département de Lot et Garonne


Note: l'auteur de cette lettre pense s'adresser à pierre Louis de Surirey de Saint Remy (décédé en 1790).
Il  lui attribue par ailleurs  les "Mémoires d'artillerie"  écrites par son arrière grand-père.

 
 


A Monsieur Hypolite de Surirey
Maire de Louvergny  Département des Ardennes
A Vousiers  poste restante


J'ai reçu votre lettre, mon cher cousin; je me suis informé de ce qui peut vous intéresser relativement à vos devoirs:
1° pour avoir la croix de St Louis il faut avoir 24 ans de service effectifs a moins qu'on ne soit de la maison actuelle du roi alors on n'est pas si sévère.
2° pour avoir la croix d'honneur, il n'est pas nécessaire d'avoir autant de service, mais il faut avoir servi en France.

Le ministre de la Guerre est entièrement porté pour l'armée de l'empereur et les officiers ou émigrés ou de l'ancien régime ont bien de la peine a obtenir les croix ou avancement qui leurs sont justement dûs, car moi qui avait 9 ans de service avant la révolution qui servait dans la maison du roi dans les gardes françaises où l'on avait la croix a 20 ans de services, je ne peux pas l'obtenir quoiqu'il y ait une ordonnance qui nous a conservé notre activité  de service. D'après cela vous jugez bien combien cela est difficile et cependant ayant mon beau-père Lieutenant Gal et ancien major général de l'armée de Condé.
Enfin, s'il y avait un moment plus favorable pour obtenir, je vous le manderai, mais votre séjour actuellement à Paris serait bien inutile car il y a bien d'anciens officiers qui sont depuis 4 mois à Paris et qui ne peuvent rien obtenir;

Mr d'Estherazy est mort depuis 10 ans et comme vous n'aviez que 13 ans vous n'avez pu être porté sur les contrôles de son régiment ou l'on ne vous mettait qu'à 15 ans.

Vous avez surement, mon cher cousin, les papiers de votre famille comme chef de famille, vous avez peut-être la copie des papiers qui ont servi a etablir la généalogie de votre sœur lorsqu'elle a été nomé chanoinesse. Enfin ceux la où autre. Vous avez surement la généalogie et contrat de mariage, naissances, morts etc. je vous serai donc bien obligé mon cher cousin de vouloir bien faire copier la généalogie si vous l'avez et si vous n'avez que des papiers epars de vouloir bien faire de chaque acte de naissance mariage et mortuaire, prendre seulement les noms dates et lieux de naissance exactement.
Car voulant mettre en ordre mes papiers de famille du côté de ma mère, j'ai trouvé qu'il m'en manquait plusieurs - entre autres
1° l'acte de naissance de notre grand'mère Surirey, mère de votre père. Elle est née à Paris le 6 may 1714 mais je ne peux pas savoir la paroisse.
2° l'acte de naissance et de mariage de Pierre de Surirey l'artilleur, qui était un de vos grands pères, non un oncle
3° et les pièces concernant le père de l'artilleur & voici une petite note de ce que j'ai et de ce qui me manque.

Je vous serai donc bien obligé de vouloir bien me faire copier ce que je vous demande et j'en paierai tous les frais.
Recevez mon cher cousin l'assurance de mes sentiments
Le 18  8bre 1814                            J'ai l'honneur d'être
votre très humble et très obéissant
serviteur de Fremeur

 
 
 
 


 
Lettres écrites par Guillaume de ROISIN
 

Le Baron Florentin Benoît Guillaume de ROISIN de RONGY a servi avec Hippolyte au Régiment d'Infanterie de GEMMINGEN de l'armée impériale d'AUTRICHE. Né le 29 juin 1778 à TOURNAI, il quitte sa famille pour servir comme volontaire à l'armée des Princes organisée aux PAYS-BAS. Il passe ensuite au Régiment de GEMMINGEN en 1794 où il sert comme enseigne, second lieutenant, puis  lieutenant. En 1805, il obtient son brevet de capitaine puis est licencié de l'armée autrichienne.

A la cession de la BELGIQUE au Royaume des PAYS-BAS en 1814, Guillaume de ROISIN est nommé chef de la Maréchaussée royale des PAYS-BAS par le roi Guillaume 1er d'ORANGE. En 1825, avec le grade de colonel, il est nommé commandant provincial de la HOLLANDE méridionale et est promu au grade de général-major. En 1826, il prend les mêmes fonctions pour la province de NAMUR où il se trouve au moment de la révolution belge de 1830. Lors de ces événements, il choisi de rester fidèle à son serment envers le roi des PAYS-BAS: il est récompensé de son loyalisme par sa promotion au grade de lieutenant-général sans affectation, mais il se voit désormais contraint à l'exil.

Il avait épousé en ALLEMAGNE Marie charlotte Philippine BOUCQUEL de BEAUVAL (1780-1866) dont il eut un fils Ferdinand, né à PRAGUE le 6 décembre 1805, qui fut chevalier de MALTE, docteur es lettres de l'université de BONN, vice-président de la commission royale belge des monuments. Décédé en 1876, il était le dernier représentant mâle de la famille de ROISIN.

A sa retraite en 1843, Guillaume de ROISIN est chevalier de l'ordre de MALTE depuis 1781, chevalier de l'ordre militaire de Guillaume (3°classe), chevalier du Lion néerlandais, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis et commandeur de l'ordre royal des Guelfes.

Décédé à BONN le 28 octobre 1849 il est inhumé à RONGY (HAINAUT), le fief familial.
 
 


 A Monsieur de Surirey
Propriétaire à Verdun
Dpt Moselle
Lille ce 8 février 1832

Depuis que je n'ai eu le plaisir de vous écrire mon cher ami, il s'est passé bien des événemens dont j'ai eu ma bonne part mais, comme je n'ai rien à me reprocher, je me suis résigné avec plus de courage. Je ne vous parlerai pas des dangers que j'ai couru à Namur et de tout ce que j'y ai souffert: si le projet dont je viens vous parler peut avoir lieu, ce sera de bouche que je vous raconterai tout ce que j'ai éprouvé dans les circonstances pénibles où je me suis trouvé.
Je suis venu ici faire une visite à ma femme et à mon fils que je n'avais plus vus depuis lontems: ne pouvant ni ne voulant traverser la Belgique qui est devenue pour moi un pays ennemi, de patrie qu'elle m'était, j'ai été obligé de faire 190 lieues pour arriver au lieu de 60 que j'avais à parcourir par la route directe, c'est à dire d'Aix La Chapelle à Lille: j'habite cette première ville depuis quelquetems, n'étant plus pour le moment en activité de service quoique toujours à celui du roi des pais bas auquel je suis et resterai fidèle et par opinion et par inclination; je compte retourner à Aix La Chapelle vers la fin de ce mois et comme en faisant quelques postes de plus, je pourrais éprouver la satisfaction de vous revoir après tant d'années, je viens vous demander si je vous trouverais à Verdun: j'espère mon cher Surirey que vous êtes plus content de votre santé et serai bien heureux que vous puissiez me le dire et le plutôt possible; j'ai passé en venant ici par Trèves Thionville Longwy Sedan Mezieres etc et m'en retournerai par Metz, si je peux avoir le plaisir de vous voir ; lorsque vous m'aurez dit si la chose est possible, je vous dirai aussi positivement à quelle date je partirai d'ici; je m'en retourne encore seul et qui sait quand je pourrai me réunir à ma femme et à mon fils, ce qui dépend absolument des événemens: ils sont bien en attendant car ils sont en famille et je suis tranquille sur les soins qu'on aura d'eux en toute occasion.
Je fais des vœux bien sincères mon cher ami pour que les nouvelles que vous me donnerez de votre santé soient bonnes; la mienne laisse aussi quelquefois à désirer cependant de mon âge  et après toutes les fatigues phisiques et morales que j'ai éprouvées, je dois encore être content.
Adieu mon cher Surirey veuillez présenter mon respectueux hommage à Madame et recevoir l'assurance des sentimens tous dévoués de votre
ancien camarade et
sincère ami,
Roisin

p.s. veuillez m'adresser votre réponse à Mr Guillaume De Roisin (Rue française à Lille) chez Mr de Beauval: je vous préviens en même tems que je voyage avec un passe port (très en ordre) mais où il n'est pas question de mon grade, je vous en préviens d'avance pour que vous ne parliez de moi que comme d'un ancien camarade demeurant en Allemagne.



 A Monsieur de Surirey propriétaire
à Verdun sur Meuse
Royaume de France

Godesberg près de Bonn sur le Rhin ce 19 juillet 1832

Votre lettre m'a fait bien plaisir mon cher ami car je désirais fervemment de vos nouvelles et voulais vous en demander: je m'empresse d'y répondre en témoignant la satisfaction que j'éprouve en apprenant que le fléau  a respecté tout ce qui vous était cher et qu'il a fini ses ravages autour de vous: je regrette seulement que vous ne soyez pas plus content de votre santé et j'aime à me flatter que vous empirez à vous même votre état et que vous serez conservé encore bien lontems à votre chère famille et à vos amis. Quoique j'ai l'air de me bien porter, je suis souvent bien souffrant d'affections rhumatismales et nerveuses mais je sais qu'à mon âge il faut bien s'abonner à quelques maux et je suis tout à fait résigné.
Mon neveu , qui sera bien sensible à votre souvenir, vient d'éprouver un grand chagrin en perdant une mère chérie sans avoir eu la consolation de lui fermer les yeux , il en a été bien affligé et sa santé en a même souffert; il est maintenant avec le brave prince auquel il est attaché, et tout prêt à lui donner des preuves de son dévouement: nous en désirons tous l'occasion, car c'est ne pas exister que de se voir si lontems dans la cruelle incertitude où nous nous trouvons et plût à dieu que nous puissions en découdre! L'Espagne de demain décidera peut-être ce qui en adviendra, car c'est à la date du 20 que nous devons nous soumettre aux décisions de la conférence et c'est ce que nous ne ferons pas: notre gouvernement a proposé des conditions très raisonnables, mais l'on s'entête à n'en pas vouloir et il ne nous reste qu'à succomber avec honneur ou à forcer à ce que l'on nous en octroie de moins attentatoires à notre honneur et à un bien être mérité par tant de sacrifices!!
J'ai quitté Aix la Chapelle depuis 6 semaines pour venir jouir ici du bon air de la campagne au milieu de sites charmans; comme je suis tout prêt du Rhin les moiens de transport sont vites et faites au moyen des bateaux à vapeur qui remontent et descendent chaque jour ce fleuve et si j'obtiens une destination je peux l'atteindre en peu de tems.
Je pense bien souvent mon cher ami au bon accueil que j'ai reçu chez vous et dont mon cœur conservera précieux souvenir, veuillez faire agréer l'hommage de ce sentiment à madame de Surirey et en garder votre part; je la prie d'agréer mon compliment relatif à monsieur son frère et me réjouis de la justice que l'on a rendu à sa belle conduite, ainsi que de l'heureux sort qui vient de commencer pour lui en s'unissant à une femme faite sous tout rapport pour le rendre heureux.
Adieu mon cher ami, soyez persuadé que toutes les fois que vous me donnerez de vos nouvelles que ce sera me procurer une véritable jouissance; recevez cette assurance ainsi que celle de l'immuable amitié
de votre tout attaché serviteur
et ancien camarade
Roisin

P.s. la ville de Lille où se trouvent des objets qui me sont bien chers a échappé à l'invasion du choléra d'une manière vraiment étonnante, car il a régné dans presque toutes les villes de mon département; j'aurais désiré que ma femme et mon fils vinssent me rejoindre, mais ils ont regardé comme une espèce de lacheté d'abandonner une famille où ils ont reçu une si douce hospitalité dans un moment de danger, et je n'ai pu qu'applaudir quoique bien inquiet.
 
 


 A Monsieur de Surirey propriétaire
à Verdun sur Meuse
Royaume de France
Bergheim ce 20 février 1834

Mon Bien cher Surirey

J'ai attendu pour me rappeller à votre souvenir que je me sois un peu rapproché de vous, car j'ai passé plusieurs mois en Hollande et n'en suis de retour que depuis peu de tems: il me tarde bien d'avoir de vos nouvelles en espérant que les vœux de votre vieil ami pour votre santé auront été exaucés; ce sera avec un bien grand plaisir que je l'apprendrai et j'aime à y croire; je sais bien mon cher ami qu'à notre âge il faut s'abonner à quelqu'incommodité, et surtout il faut supporter les maux phisiques avec le plus de courage possible, car on souffre doublement si on se laisse abattre; j'ai toujours taché de parvenir à un degré de résignation balancé avec celui du mal et je m'en trouve bien; à la vérité je n'ai pas d'incommodités bien poignantes mais en revanche mon existence morale et politique ont mis assez cette vertu en pratique depuis 3 ans et demi que je suis victime par suite de la plus sotte des révolutions et dont tout le monde pour ainsi dire se repend; mais il est trop tard maintenant et comme je ne changerai ni d'opinion ni de résolution, je ne m'en vois pas moins expatrié à toujours et à mon âge ce n'est pas gai; ma seule consolation est dans l'honneur et ma conscience est elle à l'épreuve de tout événement, dussai-je encore en éprouver de plus tristes ricochets.
Je reviens dans ce moment d'Aix La Chapelle où j'ai été voir mon neveu que vous connaissez et qui garde toujours bien précieuse souvenance des bontés de madame de Surirey et des vôtres, je partage ce sentiment de tout mon cœur , et vous prie d'en faire agréer l'hommage; madame de Roisin et mon fils ont passé l'été avec moi à Godesberg et lorsque j'étais parti pour la Hollande, ils sont retournés à Lille; ils me rejoindront vers le printems si les événements politiques restent toujours dans le vague politique qui dure depuis si longtems. Je serai au dit Godesberg sous peu de jours et soyez assez bon de m'y adresser quelques lignes; j'espère qu'elles me diront de bonnes nouvelles et de vous et de tout ce qui vous est cher; veuillez me servir d'organe à la Ronde et recevoir la nouvelle assurance des sentimens les plus distingués et dévoués de votre tout attaché et ancien camarade
Roisin

p.s. ne m'oubliez pas près de l'aimable amie de mme de Surirey quand vous en aurez l'occasion; j'espère qu'elle est heureuse, nous parlions d'elle encore il y  a peu de jours avec mon neveu: ce dernier est à Aix La Chapelle comme je vous l'ai dit où sa femme est venue le trouver et où ils resteront ensemble jusqu'au retour du prince d'Orange auquel il est toujours attaché.
 
 


 A Monsieur de Surirey propriétaire
à Verdun
par Sarbourg et Metz
Royaume de France Dpt de La Meuse

Godesberg ce 12 aout 1835

Il y a bien lontems mon cher ami que je n'ai eu le plaisir de me rappeller à votre souvenir et de vous redire combien j'ai gardé précieuse souvenance de l'aimable accueil que j'ai retrouvé chez vous; veuillez mon cher Surirey réitérer l'hommage de ce sentiment à madame de Surirey et recevoir vous même le tribut  de mon amitié; j'aime à espérer qu'elle est plus contente de sa santé et que mes vœux fervens à cet égard sont exaucés et pour elle et pour vous.
Je n'ai point oublié la commission dont je m'étais chargé "de vous donner des renseignemens sur les formalités voulues pour entrer au service de Prusse en qualité de cadet" je vous aurais répondu plutôt à cet égard mais je l'ai cru inutile parce que le jeune homme en question devrait premièrement savoir très bien lire et écrire la langue allemande, et qu'il perdrait trop de tems pour parvenir à cette connaissance qui est indispensable; les autres conditions sont les connaissances élémentaires en mathématiques, dessin, avoir des notions de géographie et de statistique du Royaume de Prusse; il faut aussi que le cadet se monte et s'équipe à ses frais; quant à la pension, elle n'est pas fixée, mais comme la plupart des cadets vit avec les officiers, il ne la faut pas trop modique. Je crois donc mon cher ami qu'il vaudrait mieux le placer au service d'Autriche où l'on n'est pas si difficile et où la protection de votre parent le Général de Wacquant pourrait être bien utile; si malgré tout cela vous pouviez désirer quelques autres démarches, soyez persuadé de toute ma bonne volonté et ne craignez pas de l'employer en toute occasion.
Voici bientôt la saison de la chasse mon cher Surirey et vous en profiterez surement plus que moi qui a dû renoncer à cet exercice par défaut de jambes; il augmente de plus en plus et je ne vais presque jamais me promener à pied car ce n'est pas un plaisir pour moi; je le regrette bien sincèrement, mais il faut bien cependant que je me résigne.
Depuis mon retour ici, j'ai cherché à trouver une modeste habitation à acquérir dans les environs mais jusqu'à présent je n'y ai pas…(manque), je désire une maison de 10 à 12 chambres,(tout compris) avec un jardin de 3 ou 4 arpens car je voudrai avoir toujours 1 ou 2 ouvriers pour me distraire et me forcer à rester à l'air ce qui vaudrait mieux pour ma santé que de lire et écrire autant que je le fais.

J'espère mon cher Surirey que vous m'écrirez bientôt et que vous me donnerez des nouvelles de tout ce qui vous est cher; veuillez parler de moi à vos chers enfans et leur dire mille belles choses de ma part; recevez vous même les nouvelles et bien cordiales assurances
De votre ancien ami
et tout attaché
Roisin
 
 

A Monsieur de Surirey propriétaire
à Verdun
par Metz
France   dpt de La Meuse

Bonn sur le Rhin
Ce 23 décembre 1836

Mon bien cher Surirey

Quoique les vœux que je forme pour vous soient de tous les jours, je suis heureux de l'occasion de l'année qui va bientôt commencer pour vous adresser mon bien bon ami leur nouvelle et sincère expression. Veuillez aussi en faire agréer l'hommage à mme de Surirey, sans m'oublier près de vos chers enfans; Dieu veuille exaucer la ferveur des sentimens que je vous réitère aujourd'huy!
J'ai passé une partie de l'été en France et j'avais le projet de revenir par Verdun pour vous embrasser, mais j'ai été cruellement distrait de cette intention par suite de malheurs qu'une de mes nièces a éprouvés: en un mois de tems elle a perdu ses 2 enfans chéris, une fille aussi Bonne que Belle âgée de 18 ans a succombé la première par suite d'une fièvre cérébrale et son fils unique a suivi sa sœur au tombeau peu de semaines après: c'est le Typhus ou fièvre nerveuse et putride qui a été cause de sa mort; vous pouvez juger mon cher Surirey le désespoir des parens; la pauvre mère a été bien lontems malade par suite de ces affreux malheurs et sa santé est encore bien faible; il a donc fallu que j'aille leur porter les consolations qui seules étaient en mon pouvoir et ça été  de pleurer avec ma malheureuse nièce et son pauvre mari; le séjour que j'ai fait chez eux a été bien pénible, mais comme je ne suis point égoïste, j'ai plus pensé à eux qu'à moi en cette occasion de leur prouver combien je leur étais attaché; comme après ce tems passé avec eux, il ne m'en restait plus assez pour faire le détour que mon cœur avait projetté, je suis retourné en Hollande par le chemin le plus direct, c'est à dire en m'embarquant à Dunkerque.
Il me tarde bien d'apprendre mon cher ami que vous n'êtes point mécontent de votre santé et j'espère qu'il en est ainsi; il faut bien à notre âge s'abonner à quelqu'infirmité, j'en ai ma part dans les douleurs rhumatismales nerveuses que j'éprouve toujours plus ou moins, mais elles sont supportables et j'y suis tout résigné.
J'ai encore eu un autre sujet de chagrin et qui dure toujours; une autre nièce, femme du colonel mon neveu à qui vous avez fait aussi bon accueil (et qui ne l'a pas oublié) avait été passer l'hiver dernier à Nice pour tacher de fortifier sa santé qui laissait souvent à désirer, au retour de ce voyage elle revint par le Tyrol et la Bavière pour passer quelque tems chez sa sœur mariée dans ce dernier pays: elle y tomba malade peu après et depuis 7 mois elle est souffrante et il lui a été impossible de se mettre en route pour revenir chez elle; les dernières nouvelles que j'ai reçues de son mari qui est près d'elle me disent que son état s'améliore un peu et qu'elle commence à passer  chaque jour une couple d'heures sur un canapé et qu'elle dort aussi un peu mieux; jusqu'alors elle n'avait pas pu quitter son lit et elle ne pouvait dormir sans l'aide d'un narcotique; cette situation à son âge, elle n'a pas …(manque) , est bien désolant et je crains bien qu'elle se repente toujours de la terrible maladie qu'elle a faite, le sistème nerveux qui est très faible chez elle y a été pour beaucoup; vous voyez mon cher Surirey que j'ai aussi bien ma part de tourmens.

Mme De Roisin et mon fils sont venus me retrouver il y a quelques semaines; nous habitons maintenant tout prêt de Bonn et dans une très jolie situation; j'ai fait revenir de Namur une partie des meubles que j'y ai laissés, mais je n'ai pas agi sagement car ils me reviennent fort cher, et ont essuyé beaucoup d'avaries en route; tous d'eux s'unissent aussi aux souhaits que je vous adresse: recevez en mon bien cher Surirey la bien sincère assurance comme celle des sentimens inaltérables de votre tout attaché et dévoué serviteur
Roisin
 
 


A Monsieur de Surirey propriétaire
A Verdun
Dpt de La Meuse

Bonn sur le Rhin ce 18 mai 1843
Mon bien cher ami

Je m'empresse de répondre à votre bonne lettre du 13 de ce mois et je vous remercie bien cordialement des détails que vous m'avez donnés sur tout ce qui vous est cher, et ils m'ont beaucoup intéressé.
Je n'ai pas oublié ma promesse mon cher Surirey, pour les renseignemens que vous désiriez, mais malheureusement je n'ai pu les prendre moi même et jusqu'à présent la personne qui s'est chargée de cette commission n'a pu rien découvrir jusqu'à présent et il n'y a pas 15 jours que j'ai donné une seconde copie de la notice que vous m'avez envoyée à une de mes connaissances qui allait en Hollande.
Ce n'est pas ma faute si comme je l'avais projetté, je n'ai pas pu prendre des informations par moi même: tombé malade le 27 septembre dernier (au moment où je comptais partir pour La Haye) je ne suis pas encore rétabli de mes indispositions opiniatres qui me durent depuis près de 8 mois, mais cependant je ne suis plus aussi souffrant, j'ai commencé par des accès de fièvre intermittentes puis des maux très poignans d'estomac s'y sont joints et des inflammations plus ou moins fortes d'intestins; une affection au foye s'en est aussi melé et malgré toute la science et l'expérience de la faculté de Bonn, il s'en faut que je sois reguerri: il n'y a pas de remèdes que l'on m'ait prescrit et toujours inefficacement: j'ai éprouvé plus de 12 rechutes sans qu'il y ait en rien de ma faute, et quelquefois après un mieux de 15 jours à 3 semaines, il y en a 2 que j'ai eu la dernière et je commence à prendre des forces et à aller un peu à l'air, peut-être cette fois serai-je plus heureux, mais vous sentirez mon cher ami que je suis payé pour douter ou redouter: heureusement que le courage et la résignation ne m'ont pas abandonné mais cependant j'ai éprouvé quelquefois que le phisique commençait à influencer le moral, mais un peu de mieux le fortifie ensuite.
Mon pauvre neveu que vous connaissez et pour qui vous avez eu tant de bontés ainsi que madame de Surirey, a aussi bien à se plaindre de sa santé depuis près de 2 ans; il est bien changé et vieilli; les médecins lui ont prescrit les eaux et bains de Vermznach où il est maintenant et Dieu veuille qu'il y trouve son rétablissement! après avoir été aussi fort et robuste, on n'aurait jamais cru qu'il pourrait changer de constitution phisique au point où il en est: ce qui est à craindre pour lui c'est une décomposition du sang, mais j'espère que le bon Dieu exaucera les vœux et les prières que Madame de Roisin et moi ne cessons d'adresser au ciel pour ce cher et bon neveu qui a tant souffert pour sa femme qui lui a donné tant d'inquiétude pendant 6 à 7 ans et qui maintenant est rétablie; ils n'habitent pas leur terre du Mazy mais celle de Rongy 1près des frontières de France du côté de Tournay.
Je voudrais bien mon cher ami vous être de quelque utilité pour l'avancement de Mr votre fils mais d'après ma situation politique et la renonciation que j'ai faite de ma patrie, vous comprendrez parfaitement que je ne peux être une bonne protection, car je me suis trop prononcé et par paroles et par actions contre le gouvernement de la Belgique que je ne fais que traverser (et depuis la paix seulement) sans m'y arrêter et je n'y ai conservé aucun rapport: peut-être mon neveu pourrait-il être plus heureux que moi et lorsqu'il reviendra de Vermznach, je lui demanderai si, indirectement, il pourrait peut-être faire recommander monsieur votre fils car lui aussi n'est pas en odeur de sainteté dans le pays où ses intérêts l'ont forcé de retourner, mais il est resté au service du Royaume des Pays bas dont il est pensionné avec le grade de Général Major: force majeure l'a ramené en Belgique à cause des biens qu'il y possède, mais quant à moi j'ai préféré rester en Allemagne où je n'ai pas les tristes souvenirs aussi souvent que ne me les rappellerait le séjour de ma sotte patrie si je devais l'habiter.
Si je reçois des renseignements concernant Mr S. de St Remy j'aurai bien soin de vous les communiquer de suite.
Veuillez, mon cher Surirey me servir d'organe près de madame de Surirey et lui faire agréer mes hommages, veuillez aussi me rappeller au souvenir de vos chères demoiselles: madame de Roisin a été bien sensible à ce que vous avez bien voulu pour elle et me charge de vous en remercier.
Il est vrai qu'il a été un peu question du mariage de mon fils mais ce n'était qu'un apperçu: je crois qu'il restera célibataire; il a bientôt 37 ans et s'occupe beaucoup de littérature et sciences; il fait partie de plusieurs sociétés savantes et vient encore d'être nommé membre correspondant de la société des antiquités et monuments de Paris; il est très occupé et il est heureux que dans la nihilité où la révolution l'a précipité qu'il ait eu des distractions et du travail.

La place me manquant au bas de ma lettre mon bien cher Surirey, je viens vous faire mes adieux en post scriptum en vous assurant de l'amitié immuable de votre vieux camarade et bien sincère ami.
Roisin

p.s. comme vous ne me parlez plus de votre santé j'espère que vous êtes tout à fait content et je m'en réjouis.
 
 



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