SOUVENIRS DE LA TANTE ALIX

 

 

SOUVENIRS

DU SEJOUR A LA COUR D’AUTRICHE

 

de Madame

 Alix de SURIREY de SAINT REMY 

 Surintendante de S.A.I. et R. l’archiduchesse Gisela, dame de l’ordre royal de Thérèse de Bavière.

 3 novembre 1864 – 20 janvier 1873

 

Manuscrit laissé par l’auteur à son neveu,

Pierre de Surirey de Saint Remy (29 janvier 1876 – 15 octobre 1950).

 

Commentaires de Marie Doyen

 


 

 

 

 

Schönbrunn le 3 nov 1864

Pauvres enfants ! Quand je relis ces lignes, je me demande comment j’ai pu vous quitter, vous que j’aime de toute la tendresse de mon cœur, pour venir ici où je n’appartiens à personne à ce qu’il me semble, où tout est si froid, si mesuré.

Mon Dieu, prenez moi en pitié ! rendez à mon pauvre cœur le courage qui lui manque si souvent !.. Aujourd’hui surtout j’ai été bien malheureuse par moments. La petite est gentille, c’est vrai et je pense même qu’elle ne tardera pas à s’attacher à moi. Mais ce n’est pas ma bonne petite Caroline… Que je regrette de les avoir quittés tous… C’est le 26 vers midi que le sacrifice s’est accompli. Je vois bien maintenant qu’il est encore plus dur que je ne m’y attendais. Oh ! si j’avais eu le courage de refuser ?… que je serais tranquille maintenant ! Et cependant si c’est la volonté de Dieu, oserai-je me plaindre ? N’y a-t-il pas lâcheté de ma part à me laisser abattre ? Je ne devrais penser qu’à la mission qui m’est confiée et au plaisir qu’en a ma famille, mais j’avoue que mon cœur est animé de moins nobles sentiments, je n’y trouve que des regrets…

Je reviens au 26 ! ! Il faisait assez beau au moment du départ ; le ciel ne s’est couvert qu’après nos tristes adieux… Les quelques heures à Kolin ont été bien pénibles ! Le 27 cette bonne Stadion est venue me faire une longue visite, puis le soir pendant un orage assez fort , m’est arrivée ma bonne Caroline qui m’a été de bien grande ressource pendant mon séjour par sa bonne amitié, son dévouement si sincère. Vendredi 28 à 1h j’ai vu la G.M. chez la CtesseStadion et lui ai parlé du droit que je m’étais réservé de prendre une sous-gouvernante, ce qu’elle a semblé ignorer complètement. Il paraît que l’Impératrice ne m’a pas comprise et ceci me met du noir dans l’âme : je me demande comment j’y résisterai. Dieu me réservera-t-il de tomber d’épuisement au champ d’honneur ? Samedi et dimanche j’ai dû venir à Schönbrunn pour que l’enfant s’habitue un peu à me voir. La seconde fois elle m’a donné sa photographie. Je dois croire que je ne lui ai pas fait une impression désagréable, car elle s’est toujours montrée gentille. Lundi visite chez Hubner qui ne me conseille d’accepter une somme que dans le cas où le Comte m’offrirait 6000 fl. V.W. ce qu’il ne fera certainement pas. Je m’en tiendrai alors à une pension de 1000 francs. Mardi 1er arrivée ici quelques minutes avant midi, assiste aux adieux de la Bonne Welden (la baronne Welden a précédé la tante Alix dans son rôle de gouvernante de l’Archiduchesse). Vu l’Impératrice en pleurs et l’Empereur pour la première fois. Il m’a adressé quelques mots obligeants puis Leurs Majestés sont parties. L’enfant a pleuré au moment du départ mais elle s’est apaisée incroyablement vite et n’a pas versé une larme depuis. Notre première promenade s’est faite au jardin tyrolien. Hier la Comtesse Königsegg a eu la bonté de me remplacer tant je me sentais souffrante. Aujourd’hui il a plu toute la journée malgré cela nous sommes descendus de voiture dans la Hivrgarten où nous avons vu les sangliers et les cerfs. Comme ces derniers m’ont rappelé Brézina et mille souvenirs…L’Empereur est venu un instant au déjeuner ; il a été raide ou embarrassé, je ne sais encore lequel. Je n’ai pu trouver le temps d’écrire à la Volve, c ‘était peut-être mieux dans une triste disposition d’esprit… 

Le 4 nov 1864

Jour de fête de ma bonne petite Caro. Combien n’ai-je pas désiré l’embrasser aussi ! J’ai été prier à la chapelle a son intention, que Dieu la bénisse cette excellent enfant. Je crains que l’Archiduchesse n’ait pas beaucoup de cœur et ceci m’effraie : si elle était sensible et reconnaissante elle parlerait plus souvent de la Bonne Welden ou au moins je remarquerais qu’elle y pense. La première lettre qu’elle en a reçue hier n’a pas paru lui faire grande impression, elle l’a jetée là et ce n’est qu’après lui avoir répété de la ranger qu’elle l’a fait. En général cette enfant pense beaucoup à elle. Ceci tient peut-être à la manière dont on l’a élevée et en tout cas sera difficile à lui faire perdre. Pendant les leçons du matin j’ai écrit longuement à la Volve. Après midi nous sommes allées au Bourg, afin que l’Archiduchesse félicite l’Impératrice mère qui n’y était pas. De là notre promenade s’est dirigée au Stadtpark. Que de souvenirs n’y ai-je pas retrouvé ! ! ! Le soir chez cette bonne Comtesse Stadion que j’ai été bien heureuse de revoir et qui a pu me donner des nouvelles de mes chères enfants. Dans l'après-dîner un bon billet d’Hélène. Si je veux avoir des journeaux (sic) ici, il faut que je m’abonne ou que je les tienne de la grâce de la G.M. En général que tout est sec et froid ! !

Le 5 nov 1864

Le temps était superbe hier. Notre promenade de 10h s’est dirigée vers le jardin botanique. Nous sommes entrées dans des serres où l’Archiduchesse a cueilli des violettes pour sa mère. Je tâche de l’amener à avoir des attentions pour elle. D’après ce que m’a dit la CtesseKönigsegg on aurait manqué en cela. Du reste l’enfant semble en avoir peur et voulait faire offrir ces fleurs par son frère. Après midi, nous avons été au jardin tyrolien et nous sommes revenues accompagnées de l’Impératrice mère qui a été charmante pour moi. Vers le soir première leçon de danse. Le Comte Gondrecourt a été passablement raide. Mr de Latour, au contraire, très poli ; il m’a beaucoup plu. Hier j’ai écrit à cette excellente Caroline. Ma disposition d’esprit lui fera de la peine et pourtant je n’ai laissé percer que la moindre partie de la vérité. Si elle savait ce que me sont surtout les heures de 4 à 7 ! ! ! J’ai aussi adressé quelques lignes à H. pour lui donner rendez-vous pour Lundi.

Le 6 nov 1864

Je suis allée à la grand-messe de 8h au château ; c’était un bienfait que d’être un peu seule ! Plus tard j’ai écrit à ma chère Cunégonde. La Ctesse Königsegg est venue causer avec moi comme chaque matin, je lui ai parlé de la visite du médecin et elle approuve ma résolution de proposer à l’Impératrice de voir par elle-même le corps de l’enfant. Dans la conversation, elle m’a appris la mort du Cte Wenckheim qui laisse 8 enfants et une femme qu’il adorait. Partout peines et chagrins ! ! Après midi promenade au Hivrgarten de Lainz qui m’a rappelé Brézina et retracé bien des souvenirs. Au retour sont venues ces longues heures et aujourd’hui tout particulièrement je me suis sentie exténuée de corps et d’âme. Je pense beaucoup à W. et voudrais bien savoir s’il est arrivé ou non. Pendant la visite de la G.M. m’est arrivé de Cuné une longue lettre qui a bien parlé à mon cœur et m’a fait verser des larmes d’affection et de regrets ! Ce soir j’ai fini pour elle une longue missive que j’expédierai demain. Je sais par l’Archiduchesse que l’Impératrice me parlera demain à 11h. Je suis bien curieuse du résultat de notre entretien.

Le 7 nov 1864

L’Archiduchesse avait à peine commencé sa leçon avec le schulrath Becher, que la porte du salon s’ouvre et l’Impératrice paraît. Bien vite je me suis rendue auprès d’elle et lui ai présenté ma prière qu’elle s’assure elle-même de la taille de l’Archiduchesse afin qu’elle puisse au bout de quelque temps juger s’il y a amélioration ou non . Elle s’y est prêtée de la meilleure grâce, m’a promis de venir au coucher de l’enfant et de l’examiner, ce qu’elle n’a jamais fait encore et qui enchante ces dames. Si Dieu permettait que je réussisse à intéresser l’Impératrice à l’éducation de sa fille je serais bien récompensée de mes peines car ce serait un bienfait pour toutes deux. L’Impératrice m’a adressé quelques paroles obligeantes sur ma santé, mes regrets, la solitude que je dois éprouver. En un mot, elle a été charmante. Dans la matinée on m’a remis le montant de la taxe dont l’Empereur me dispense. Le soir à 8h l’Impératrice est réellement venue et s’est convaincue qu’il est bon que le Docteur Wiederhofer vienne chaque matin et fasse faire les exercices qu’il juge convenables. Le soir, visite de cette bonne Hélène qui me témoigne tant d’affection. Vers 6h cette bonne Ctesse Stadion m’avait envoyé un exprès pour savoir ce que je deviens. Je lui ai demandé la permission d’aller la voir demain soir.

Le 8 nov 1864

L’Archiduchesse est gentille et je lui trouve déjà moins de petits caprices, moins de ses habitudes de chambre d’enfant qu’on n’avait sans doute pas encore essayé de lui faire passer. Elle reste maintenant aussi longtemps à table que moi chose dont elle n’avait pas l’idée. La leçon d’allemand lui fait plaisir, mais avec son maître d’écriture j’ai remarqué plusieurs fois hier qu’elle a de l’humeur. C’est sans doute aussi une vieille habitude. J’ai profité de l’offre du schulrath et l’ai chargé de remettre une lettre à W. que j’ai terminée pendant sa leçon. Ensuite j’ai commencé une nappe d’autel qui sera finie Dieu sait quand ! car je ne travaille presque pas. Le soir visite à la Ctesse Stadion qui me reçoit comme une mère reçoit sa fille. Je lui ai payé les emplettes qu’elle a fait pour moi quand j’étais encore à Sternberg.

Le 9.

Le vent paraît être moins grand qu’hier et je me réjouirais de la promenade si j’étais plus sûre de moi ; mais depuis le 1er je suis indisposée sans pouvoir me remettre. J’attends Wiederhofer qui dès aujourd’hui va commencer les exercices qu’il juge propres pour l’Archiduchesse. Une longue lettre de Zdenka m’a fait plaisir ainsi que quelques lignes de Caroline. Sait-elle ou non que je ne reviendrai plus près d’elle, le demande-t-elle ? C’est ce que personne ne me dit. En général les lettres des enfants sont plus une relation de faits que de sentiments et je préfèrerais le contraire. Du reste, il est bien certain que la partie n’est jamais égale :nous concentrons notre affection sur des enfants qui sont entourés d’affection, donc ce que donnons, même part faite de la jeunesse, est bien plus que nous ne pouvons nous attendre à recevoir. Là-dessus, il n’y a pas d’illusions à se faire. Une bonne lettre de Caroline ma rassurée : je craignais que le voyage ne l’eût indisposée. W. ne m’a pas comprise, il faut que je lui écrive de nouveau pour lui expliquer quand il peut venir. La journée de l’Archiduchesse s’est bien passée, elle est réellement gentille jusqu’à présent ; je crois que ses petits caprices seront faciles à vaincre, elle n’y met pas de persévérance.

Le 10.

Décidément l’Archiduchesse ne peut souffrir sa leçon d’écriture et je le conçois, ce maître est ennuyeux comme la pluie ! Je regrette que la Bonne Welden m’ait demandé de le garder car je ne le trouve pas dans l’intérêt de l’enfant et je me demande si à la longue il ne faudra pas en venir à un changement. En revenant de la promenade, nous sommes encore allées au parterre où était le Prince  avec le Cte Pallfy que j’ai vu pour la première fois. Il a été très aimable et me semble un bon jeune homme ayant du cœur d’après la manière dont il s’exprime. A notre retour, seconde visite de la Ctesse Königsegg qui, par bonté de cœur et comme encouragement est venue me répéter que l’Impératrice trouvait que déjà l’enfant était mieux pour elle. Dieu veuille que cela dure ! Le soir, je suis allée chez Hélène où j’ai fait la connaissance de sa sœur Louise. 

Le 11.

Expédié une lettre au Cte de Blangy auquel je dois tant de reconnaissance ! Ecrit dans la matinée à la Ctesse Sternberg. En rentrant de la promenade, l’Archiduchesse a eu la visite de son oncle Charles qui a joué avec elle pendant que je faisais la conversation avec son chambellan, le Cte je ne sais plus comment- ce qu’il y a de sûr c’est qu’il a été aimable et qu’il parle bien français. A 5h arrivée de l’Archiduchesse Sophie. J’ai été heureuse de ne pas y paraître. A 4h j’ai été me confesser à Hientzing, au chapelain Adam, qui, je crois, me conviendra très bien. Il a cherché à remonter mon courage qui s’affaiblit si fort en vue de mon peu de santé. Je ne sais ce que signifie cette faiblesse que j’éprouve dans le bas des jambes, cette fatigue générale. Je n’ose m’y arrêter et me dis : à la grâce de Dieu ! 

Le 12 nov 1864

A 8h j’étais à l’église de Hientzing où j’ai eu le bonheur de communier à l’intention de Louis et de Ph. ( il s’agit probablement des enfants Sternberg)  Qui ont dû recevoir Notre Seigneur pour la première fois. Dieu veuille les conserver dans les dispositions de cœur que leur bonne mère a dû leur donner. Que j’aurais aimé d’être au milieu d’eux !  Cette après-midi je dois conduire l’Archiduchesse chez sa grand-mère, que je voudrais que cette visite fût déjà passée…

L ‘Archiduchesse a été fort aimable et semble connaître le caractère de sa petite fille . L’ Empereur m’a-t-elle dit était aussi dans sa jeunesse plein de ces petits caprices qu’on a pu faire passer. Avant d’être introduit chez l’Archiduchesse Sophie j’ai eu le plaisir de causer avec Baldine. C’était la première fois de ma vie, et cependant il me semblait retrouver un visage ami. Il va sans dire que nous avons beaucoup parlé d’Antoinette. Je ne suis pas allée chez la Ctesse Stadion, comme je me le proposais, parce que le soir une indisposition a recommencé, c’est un peu décourageant. Je n’ai pas eu un moment à moi de toute la journée : l’Archiduchesse est montée à 8h seulement me dire bonsoir et pendant qu’elle se couchait est arrivée la Ctesse Hunyady qui est restée jusqu’à 9h ½. En rentrant de Vienne nous nous sommes promenées au parterre où nous avons rencontré le Prince et le Cte Palfy qui m’a dit que le Cte Gondrecourt s’est assuré près de l’Empereur que les enfants peuvent se promener ensemble quand ils se rencontrent. Je ne sais si personnellement j’en suis contente ou non.

Le 12.

Bien peu sûre de moi mais cependant à la messe de 8 heures. Journée pluvieuse, triste et qui m’a été des plus difficiles à passer. J’ai écrit à la Ctesse Stadion et à ma bonne Szdenka sans expédier toutefois, parce que je comptais sur une lettre de Sternberg que je n’ai trouvée qu’à 7 heures lorsque je rentrai dans ma chambre. Elle était de Cunégonde, Louis y avait joint quelques lignes ; la photographie de Joda complétait l’envoi. Cunégonde sait mieux exprimer ses sentiments que sa sœur et je me convaincs de plus en plus qu’elle sent plus profondément. J’ai beaucoup pleuré en la lisant mais ces larmes ont soulagé mon cœur oppressé toute la journée, le soir surtout. C’est singulier comme les visites d’H.T. (personnage à identifier) ont le pouvoir de me décourager ; la Ctesse S. m’est bien plus agréable, plus sympathique. En général je suis dans une disposition d’esprit qui me fait trouver tout difficile, je n’ai absolument de goût à rien !.. 

Le 14.

Même temps sombre et pluvieux ; tristesse au dehors comme au dedans. J’espère qu’aujourd’hui W. m’annoncera sa visite, si elle n’est pas pour ce soir, j’ai grande envie d’aller en ville. Promenade au Lainzer thiergarten où la petite s’est amusée à faire des tas de bois pour les pauvres. Elle a d’excellents élans de cœur, mais parfois ce ne sont que des élans, il y a beaucoup de caprices dans sa petite personne. Le soir l’Impératrice est venue la chercher pour monter chez son frère. Jusqu’ici je la trouve fort aimable mais j’ai toujours peur ! En rentrant dans ma chambre, à 7h , j’y trouvai ce bon W. ce qui me causa une grande joie ! Il resta chez moi pendant que j’assistais au coucher de l’Archiduchesse et ne me quitta qu’ après 9h1/2. Je ne sais quel instinct m’avait poussé à ne pas accepter le thé auquel m’avait conviée la Ctesse Königsegg. Je me trouvais si fatiguée de ma journée que je sentais le besoin d’être chez moi à mon aise. J’ai été bien heureuse de cette bonne inspiration. Nous avions tant de choses à nous dire que nous n’avons qu’effleuré chaque sujet. Il n’est pas content de son frère, pauvre malheureuse H. ! jusqu’où s’est-elle oubliée !.. Je veux prier Dieu pour elle ! Si sa pauvre mère supposait la vérité…Le soir une bonne lettre de la Volve ; maman se porte à merveille – puis quelques lignes de Marie Horn qui me confirme leur arrivée . 

Le 15 ,Saint Léopold. nov 1864

Arrivée trop tard à la messe de 8h pour me dispenser de celle de 9h ce qui m’a mise bien en retard. Certaine visite dans la matinée. Grâce à Dieu, je suis moins souffrante qu’à l’ordinaire, j’ai pu faire les deux promenades. Visite chez l’Archiduchesse de son oncle Victor, qui a bien voulu se rappeler m’avoir vue chez Sternberg. Du reste rien d’extraordinaire du reste de la journée. Comme de coutume, vers le soir ; le découragement me travaille ! W. voudrait que Caroline vînt me rejoindre, c’est bien notre désir à toutes deux !

Le 16.

Bien mal à mon aise dans la matinée, aussi ne me suis-je pas fait scrupule de m’étendre sur ma chaise-longue dans ma chambre et de ne paraître qu’à la fin des leçons d’allemand et de religion.

Avec l’Archiduchesse Sophie dans la basse-cour d’abord puis une longue promenade au parterre , qui m’a bien fatiguée quoique j’eusse du plaisir à me trouver me réjouis de la revoir. Après le départ de la grand-maman nous avons continué la promenade avec le petit Prince et le CtePalfy qui semble être un excellent jeune homme. J’ai plus causé que je ne veux le faire à l’avenir, c’est à dire que j’ai parlé de moi et c’est ce que je veux éviter. Avant la leçon de danse les trois dames sont venues chez moi. J’ai laissé comprendre à la G.M. que j’ai un désir quant à quelqu’un pour me seconder ; mais bien entendu je n’ai nommé personne.. L’ Archiduchesse n’est pas restée plus d’un quart d’heure chez sa Majesté qui est allée au théâtre avec son frère Charles. L’ Empereur est à la chasse aux ours chez le Prince W. Windisch-Grätz. Le matin une bonne lettre de B. et de Philippe auxquels je veux répondre demain.

Jeudi 17.

Le temps est superbe. Rien de remarquable jusqu’à la rencontre que nous avons faite en revenant du jardin tyrolien de l’Empereur et de l’Impératrice. J’ai vite profité de l’occasion pour dire à l’Impératrice que j’espérais ne pas avoir agi contre son désir en écrivant aux petites Thun de venir dimanche chez l’Archiduchesse. Sa Majesté a été très gracieuse – conservez la ainsi oh ! mon Dieu ! A 7h visite de Lili qui est vraiment charmante de simplicité. Le soir chez cette bonne Ctesse Stadion. En entrant en voiture , le domestique me donne une excellente chancelière, attention de cette bonne Ctesse.. Ecrit à Cuné. Louis, Phi. Et Caroline.

Vendredi 18.

Même temps qu’hier ; ce soleil fait du bien au cœur ! J’ai l’intention d’aller à la messe dans l’oratoire de Hietzing ; j’espère que rien ne viendra s’opposer à ce projet. Nous avons en effet été à l’église comme nous nous le proposions. Notre promenade s’est faite dans le jardin, j’étais bien misérable surtout au commencement ! En revenant et passant derrière la gloriette j’aperçus cet excellent P. Hubinger qui se promenait là tout en lisant. Sa vue basse l’empêcha de me reconnaître et ne pouvant m’arrêter à cause de l’Archiduchesse je lui en fis exprimer mes regrets par le laquais Essel. Le soir une bonne lettre de la Ctesse Sternberg.

Samedi 19  nov 1864

Pas dormi de la nuit, je ne sais pour quelle raison. Avant 10h dans la galerie avec ces dames pour faire notre révérence à L’Impératrice ce qui devait servir de félicitations. A midi visite de l’Impératrice mère ; ensuite de l’Archiduc Charles Ludwig. Promenade en voiture à cause de la pluie. A notre retour visite de l’Archiduchesse Sophie avec Baldine, du Prince avec Mr de Latour. Grand dîner chez Leurs Majestés ce qui m’a valu une petite visite du Cte By….Niy, que j’ai revu avec un véritable plaisir. Peu après, visite de l’Archiduc Louis Victor qui retourne à Salzbourg. Quelle journée fatiguante ! Il va être 8h, ma petite est montée il y a 20 minutes seulement, si elle revenait bien vite j’en serais heureuse, je voudrais encore aller chez les Thun. Ecrit à Victor et à Félicie.

Dimanche 20.

Je suis en effet allée chez Thun pour 3/4h seulement. J’ai bien regretté que la Ctesse ne fût pas chez elle. Ce matin à la messe de 8h comme toujours. A mon retour de la promenade longue conversation avec cette bonne Ctesse Königsegg qui est réellement toute ma ressource. Elle m’a dit que je serai au Christbaum et que l’Impératrice ne désire pas de toilette ; donc personne n’a rien à y redire. Puis elle m’a avertie d’être sur mes gardes avec la N. qui, sans le vouloir , a beaucoup nui à ma précédente près de l’Archiduchesse Sophie où elle a du crédit. Grâce à Dieu, je n’ai pas à regretter une parole jusqu’ici. La Ctesse m’a aussi demandé ce que j’aimerais pour Noël ? J’ai parlé d’une pointe de dentelle noire comme de quelque chose qui me serait très utile. Je suis rentrée exténuée de la promenade. Peu après sont arrivées les Thun conduites par Marie que j’ai un grand plaisir à voir ; mais de parler m’a tant fatiguée que je n’en pouvais plus le soir. Je me suis mise au lit de bonne heure mais je n’ai pu dormir de bien longtemps, j’étais comme dans une espèce de transpiration. Que deviendra tout ceci ? Heureusement je ne perds pas courage et remets tout entre les mains de Dieu. L’Archiduchesse a été très gentille avec les petites et s’est fort bien amusée. Le soir une lettre de Z.

Lundi 21.

La journée n’a rien eu de remarquable. Pendant la leçon du Schulrath je me suis mise sur ma chaise-longue et ai terminé ma lettre pour la Volve que j’ai expédiée en même temps qu’une à Z . contenant des photographies pour Mr Schier et Mlle Hélène. Hélène Taris qui est venue avec la Ctesse Claus Bombelles m’a appris qu’on parle d’un mariage entre Julie et l’aîné des ..... J’en serais contrariée, ce serait un obstacle à mes désirs. Cependant Dieu sait ce qu’il fait ! donc si la chose arrive je lui demanderai le bonheur de Julie. Le soir chez cette bonne Antoinette où j’avais donné rendez-vous à H. que j’ai ramenée chez elle . Antoinette sait par Baldine que j’ai plu à l’Archiduchesse Sophie. Dieu donne que cela dure !

Mardi 22.

J’ai bien dormi grâce à Dieu ! et me sens mieux que tous ces jours-ci. Le temps est gris, triste, il y a du vent, la promenade sera peu agréable. Voyons ce que nous réserve cette journée !

Rien d’extraordinaire. Becker n’était pas très content du devoir de l’Archiduchesse. Le commencement de la leçon d’écriture a été mauvais, je me suis mise à écrire avec elle, elle s’est donné de la peine et a très bien terminé. Adieux de l’Archiduc Charles –Ludovic que je trouve vraiment très agréable. Il retourne à Gratz demain. Le soir chez la Ctesse Lili. Je suis rentrée trè fatiguée de parler et ce n’est pas sans m’en sentir que j’ai monté ces trois escaliers, ce que j evois avec effroi. Pourquoi souffré-je ainsi de la poitrine si réellement rien n’est attaqué ? Une bonne lettre de Pol timbrée de Varennes.

Mercredi 23. nov 1864

J’ai été obligée de me lever plus tôt , et cela pour cause ! J’étais si contente de penser que cette indisposition était passée. Serait-ce le vin de quinquina que j’ai commencé à prendre hier, Il faut que je le demande au médecin. Justement la promenade ne m’avait pas fatiguée comme d’habitude, je croyais avoir retrouvé mes bonnes jambes, à quoi puis-je attribuer cette rechute ?

La Ctesse Lili a eu l’obligeance de se charger de l’Archiduchesse. J’ai pu entrer en ville à 2h et n’en revenir que pour la leçon de danse. Ma première a été au Burg pour décider quelle chambre à coucher sera celle de l’enfant. c’est à se perdre dans un grand corridor et malheureusement bien haut ! Les appartements que nous occuperons sont très beaux, ma chambre surtout ! Je serai séparée de l’Archiduchesse par le salon d’étude mais les portes seront au large ouvertes et une de ses femmes couchera dans la salle attenante : il m’est impossible de ne pas avoir au moins mes nuits quand l'Archiduchesse est bien portante. Du Bourg je suis allée acheter un taffetas noir au Pigeon, puis une chemise de flanelle noire dans la Kärtnerstrasse et enfin de là chez la Ctesse Stadion, qui, comme toujours m’a reçue à bras ouverts. Je me propose d’y aller demain soir. Lorsque l’Archiduchesse est montée à 7h, je l’ai priée de demander une audience à l’Impératrice, j’espère donc lui parler demain.

Jeudi 24

Un peu après 7h1/2 l’Impératrice était chez nous. Comme toujours elle s’est montrée bonne et gracieuse. Elle assistera à la visite du professeur Pita.Elle m’enverra la coiffeuse pour l’Archiduchesse. Je dois consulter la Ctesse Königsegg quant aux petites Cudenhoven, je peux avoir de petites compagnes le dimanche quand je suis contente d l’Archiduchesse pendant la semaine. Sa Majesté m’a promis de toujours me manifester ses désirs franchement ; mais j’ai oublié de lui parler du dentiste Faber. Je dois écrire à Bichter pour des leçons de musique et à Mme Schmied pour des leçons d’anglais. Je suis heureuse de pouvoir lui être utile ! J’ai prié la Ctesse Königsegg de parler à l’Impératrice relativement au dentiste ; quant aux petites Cudenhoven, elle est d’avis qu’il vaut mieux ne pas les inviter, croyant qu’un jour ce sont des relations qui ne pourraient continuer. Ceci pourra me faire des ennemis mais je ne dois considérer que le bien de l’Archiduchesse. La promenade au parterre s’est déroulée à la suite de Leurs Majestés qui peu après notre arrivée sont venues rejoindre les enfants. La chose n’est gênante que lorsqu’on est seule ; le Cte Palfy et moi nous nous sommes applaudis que ce ne fût pas le cas. Dans la matinée écrit 8 pages à Cuné ; reçu une lettre de Zdenka qui m’apprend que Caroline sait tout et parle beaucoup de moi, la pauvre enfant. ! Que je fais des vœux pour que Mlle B. s’attache à elle ! Le soir chez la Ctesse Stadion où j’ai vu la Ctesse Sophie qui m’a promis la visite de son fils et de Mr Justian quand nous serons en ville.

Vendredi 25.

Journée pluvieuse et triste. A la messe au château. Hier j’avais prié Becker de me faire un plan quant à l’instruction de l’Archiduchesse, trouvant indispensable que l’instruction soit ménagée de manière qu’elle ait terminé à 16 ans. De plus, ayant remarqué que le calcul reste en arrière, parce qu’il n’est pas possible de s’en occuper chaque jour et que c’est une des choses qui est restée en arrière jusqu’ici, j’en suis revenue à ma première idée et ai demandé à Becker que son ami W. donne une demi-heure de calcul trois fois par semaine, demi-heure que je prendrai sur l’écriture. Il a tout de suite approuvé mon plan et m’a assurée aujourd’hui qu’ayant encore réfléchi il le trouve excellent. Il est donc convenu qu’à la première occasion j’en parlerai à Sa Majesté et dirai que nous l’avons sinon conçu (car qui sait si au fond il en est flatté ! les hommes sont si petits !..), du moins arrêté ensemble. Dans la matinée écrit à Mme Schmidt et à Weiser pour lui demander de ne pas venir avant le premier, afin que je sache combien d’argent je puis le prier de me placer. Le reste de la journée n’a rien offert de remarquable. En faisant son devoir allemand, l’Archiduchesse s’est montrée excessivement distraite : elle est aussi légère qu’elle a de moyens ; il faut que je travaille à avoir beaucoup de patience. Je sais de la Ctesse Königsegg que l’Impératrice permet que nous prenions Faber. Perdrai-je cette idée que cet homme est un peu charlatan ? D’ailleurs où et dans quelle profession ou condition ce défaut ne se fait-il pas sentir plus ou moins ?

Samedi 26. nov 1864

Même temps qu’hier. Le brouillard s’est dissipé à 10h, il faisait magnifique à la promenade de 2h, nous avons vu l’Empereur tout seul et qui nous a surprises au jardin tyrolien sans que nous puissions deviner d’où il venait. J’ai profité de l’occasion pour lui dire que, peut-être, Pita ne pourrait venir et que je priais Sa Majestée(sic) de ne pas descendre avant que je l’en fasse prier. J’aurais pu faire cette commission moi-même à l’Impératrice car pour la première fois Leurs Majestés sont venues un instant à la leçon de danse. Je suis restée sous le charme de la beauté et de la grâce de l’Impératrice. Elle était coiffée à l’antique avec des rubans de velours bleu or,nés sur le front d’étoiles d’or, le même collier, elle était vraiment ravissante et nous sommes tous restés sous une impression féerique. Ecrit à Caroline. Le soir chez Hélène.

Dimanche 27.

Journée de fatigue !Avant 8h parlé à Bichter pour les leçons de piano. Il paraît heureux d’être l’élu. A 8h à la messe. A peine rentrée on m’annonce le professeur Pitta. Aussitôt que l’Archiduchesse est descendue de la messe, j’ai fait prévenir Sa Majesté, qui est descendue à l’instant. Elle avait mauvaise mine mais elle était gracieuse comme toujours. Comme toujours aussi j’ai pu lui parler sans gêne ; elle m’a forcé par ses instances à m’asseoir, ce qui était un véritable bienfait ! La séance a été d’une bonne heure au moins. L’Impératrice a consulté Pitta pour elle-même ; depuis 6 ans m’a-t-on dit elle souffre d’une douleur à la jambe. Winterhalter attendait Sa Majesté pour commencer son troisième portrait. Un valet de chambre était venu pour la prévenir et n’avait pu pénétrer jusqu’à elle puisqu’elle était en train de consulter. L’Empereur a sans doute trouvé que c’était trop long et a fini par la chercher lui-même. Pitta a approuvé les exercices que fait faire Wiederhofer et trouve que les muscles se fortifient. Tous deux sont d’avis qu’un bain de mer ferait le plus grand bien à l’Archiduchesse ; nous y travaillerons donc de tout notre pouvoir s’ils persistent dans cette conviction. Pour ma part, j’en serais heureuse ! Petite visite de la Ctesse Königsegg. Promenade au parterre avec les deux dames d’honneur. De 4 à presque 7 les Thun avec MlleDucré. Marie-H. a mal à la gorge ; si le temps n’est pas trop trop mauvais j’irai peut-être là demain soir.

Lundi 28.

Temps brumeux et peu agréable. Dans la matinée fini et expédié une lettre à Zdenka. L’ Archiduchesse était très en train de bavarder à la promenade, très occupée à me questionner sur le ciel, l’enfer, le purgatoire, quelques unes de ses réflexions étaient vraiment charmantes. Tout à coup elle en vient à me demander comment viennent les enfants, qui les apporte, J’ai fini par lui répondre que les mamans seules savaient cela quand il était temps. C’est une imagination vive qui travaillera de bonne heure et qu’il faudra calmer en approchant de la vérité autant que son âge et les convenances le permettront. A 3h1/2 l’Empereur , qui avait déjà le Prince, s’est chargé aussi de l’Archiduchesse qu’il a ramenée à 4h précises. L’ Impératrice est de nouveau venue à la leçon de danse. Elle a si horriblement toussé que je me suis permis de lui demander si elle ne voulait pas que je fisse venir un verre d’eau, ce qu’elle a accepté. L’ Empereur est venu nous l’enlever ; j’ai trouvé qu’il paraissait de mauvaise humeur : lui, si poli, c’est à peine s’il a pris notice de nous. Le soir chez la Ctesse Stadion qui n’y était pas ; alors chez Thun où la Ctesse et sa mère ont été charmantes. Je ne suis rentrée qu’à 11h moins ¼, j’avais dû parler beaucoup, je n’en pouvais plus ! Le soir lecture d’une bonne lettre de Mme de Nouville. Pauvre petite femme, comme elle est malheureuse !

Mardi 29.

Très belle journée. Le schulrath m’a demandé à être payé pour l’Archiduchesse comme pour l’Archiduc, ce que je trouve parfaitement naturel. J’ai donc fait prier la Ctesse Königsegg de vouloir bien passer chez moi ; je lui ai donc parlé de cette demande qu’elle approuve tout aussi bien que mon projet de faire donner des leçons de calcul à l’Archiduchesse par Weiser. Elle m’a dit que j’irais demain à la suite de Sa Majesté pour voir revenir les troupes du Holstein. J’ai donc écrit à la hâte à Mlle Wohlmann pour un chapeau blanc que j’irai chercher le soir. Hier la Bonne Musery a dîné à Schönbrunn et a demandé à la G.M. de penser à sa fille si une place de dame d’honneur devenait vacante. Qu’il serait singulier que je me retrouvasse ici avec Johanna ! Le soir j’ai, passée une demi-heure avec la Ctesse Stadion, j’étais déjà trop rendue pour rester plus longtemps.

Mercredi 30.

Hier 4 semaines que je suis ici ! ! Une lettre de ma bonne Zdenka reçue cette après-dîner , me confirme leur arrivée pour le 7. Pauvre enfant ! Elle ne peut se réjouir plus sincèrement que moi ! Mais je suis assez poltronne pour craindre de les quitter à nouveau. Donc ce matin à 9h moins ¼ nous sommes parties pour Vienne. La Ctesse Lili m’a prise dans sa voiture ce qui m’était fort agréable. Je n’ai pas eu un moment de gêne tant ces dames sont aimables. Je suis restée tout le temps à la fenêtre, encouragée par la réponse de la G.M. au Grand M. de l’Archiduc Guillaume dans le palais duquel nous étions. Toute la cérémonie m’a intéressée , mais non touchée comme je l’aurais cru. L’ Impératrice était charmante dans sa robe et son manteau de velours violet, chapeau de velours noir, plumes blanches. Elle était malheureuse de ce chapeau fermé, prétendant qu’il la rendait sourde. Je conçois qu’il la gêne avec ses magnifiques cheveux ! En partant de là à midi, j’ai eu grand plaisir à apercevoir W. à l’entresol. Je pense aussi qu’il m’a reconnue, au moins je l’ai vu prendre son lorgnon, posé dans sa chambre, pour s’assurer de la réalité. De voir un visage ami fait si bien au cœur ! ! Nous ne sommes sorties qu’à 3h passées avec le petit prince et Pallfy qui me semble de plus en plus un jeune homme bien élevé et se faisant peu d’illusions sur les grandeurs qui l’entourent. Sa tâche semble terriblement l’ennuyer ! Au moment du goûter ma petite Archiduchesse s’est mise à pleurer, me disant après d’assez longues instances qu’elle vomirait, en effet cela est arrivé 2 fois. J’aurais qu’elle ne se mît au lit que comme à l’ordinaire, craignant qu’à son retour du grand dîner offert à Gablenz et à tous les officiers revenant du Holstein l’Impératrice ne s’effrayât. Mais l’enfant a tant insisté que je m’y suis prêtée, ce qui l’a remise tout à fait. Sa Majesté est venue la voir avec le Prince. Je l’ai trouvée affable comme à l’ordinaire. Malgré la chaleur,la quantité de lumières, choses qu ‘elle déteste , elle ne s’est pas trouvée indisposée. Les choses doivent s’être bien passées : Gablenz à la table de Leurs Majestés était rayonnant ; je n’oublierai jamais l’effusion avec laquelle à deux reprises il a baisé la main de l’Empereur que celui-ci semblait ne vouloir pas abandonner.

Jeudi 1er décembre 1864

Pas de sortie ce matin quoique l’Archiduchesse fût complètement remise. Ecrit à Heider pour lui demander s’il veut se charger lui-même de la denture de l’Archiduchesse. A 3h1/2 nous avons rencontré au Parterre l’Empereur et l’Impératrice qui se sont chargés de leurs enfants jusqu’à 4 heures. L’Impératrice m’a abordée très gracieusement , me parlant de l’indisposition de la veille. L’Empereur s’est aussi mêlé à la conversation. En général je ne puis me plaindre ; ils ne sont pas raides et je trouve même beaucoup plus polis que le reste de l’aristocratie. Le soir, Leurs Majestés allant au théâtre, le Kronprinz et Mr de Latour sont descendus chez l’Archiduchesse et y sont restés jusqu’à 89h , heure générale du coucher des enfants.

 

 

 

Vendredi 2. décembre 1864

Horrible brouillard qui me permet à peine d’écrire tant il fait sombre. Pas de promenade le matin à cause de la pluie. Après-midi rencontré Leurs Majestés qui se sont chargées de l’Archiduchesse. Je ne sais si j’ai eu tort ou non d’aller dans la grande allée où j’ai rencontré le Cte Palfy qui n’était pas libéré comme moi et ne savait trop que faire de sa personne. Je pense qu’avec mes cheveux gris et mes 40 ans on n’a pu trouver singulier que je le rejoignisse et que je fisse deux ou trois tours de parterre avec lui. Du reste à l’avenir je me propose d’être plus retirée afin d’éviter tout propos. Le soir, chez Hélène qui, la veille, avait eu son audience chez l’Archiduchesse Sophie avec qui elle a longuement parlé de moi, en trop bons termes, je le crains. H. verra W. demain, et lui dira de ne venir qu’à 8h puisque nous le jugeons plus prudent. J’aimerais mieux qu’il ne vînt pas demain, ayant le projet d’aller me confesser dans l’après-midi si la Ctesse Lili peut me remplacer pour la promenade. Reçu de mère, sœur et beau-frère de bonnes lettres qui m’ont fait grand plaisir. Sachant le désir de maman et de Fanny, l’Archiduchesse réclame de leur envoyer elle-même ses photographies qui feront d’autant plus de plaisir. Donné la mienne à la Ctesse Hélène qui m’a quittée entre 7 et 8 pour me laisser recevoir Marie et Mme Schmidt.

Samedi 3.

Le ciel semble nous promettre un beau jour. Ecrit à Paul et à mon beau-frère ; ma lettre partira demain et portera à ma mère une photographie que lui envoie l’Archiduchesse et au revers de laquelle elle a écrit son nom. La Ctesse Lili s’étant chargée de l’Archiduchesse, j’ai pu, entre 2 et 3 aller à Hientzing et m’y confesser au chapelain Adam. Peu après ma rentrée, visite d’Hélène Taxis, qui est vraiment gentille. Le soir chez la CtesseStadion que je n’ai rencontrée que chez la Ctesse Lanckaronska, où il y avait une partie ; de là chez la Ctesse Sophie qui était en famille et m’a reçue à bras ouverts. Je me suis assurée là que je j’ai encore plus de vanité que je ne le croyais et que les quelques mots qu’elle m’a dits l’autre jour chez sa mère ont eu plus d’importance que je ne l’aurais voulu. Travaillons à détruire ce penchant, que ce ne soit pas l’âge seulement qui le détruise, où serait le mérite ?

Dimanche 4.

En me relevant après avoir fait prier l’Archiduchesse j’aperçois l’Empereur que je n’avais nullement entendu et qui venait me dire de me trouver en haut avant 9h afin de conduire l’Archiduchesse à la messe où Leurs Majestés avaient déjà été. Ceci a dérangé mes plans ; j’ai laissé l’enfant à son déjeuner et suis allée bien vite à l ‘église pour y communier, faire mon action de grâce et revenir encore assez temps pour déjeuner avant la messe. Commencé d’écrire à Julia pendant la gymnastique. La promenade de l’après-midi a été empêchée par l’annonce télégraphique de la venue de l’Archiduchesse Sophie qui au fond, n’est venue que vers 3 heures. La conversation avec Baldine, ensuite avec le Cte Palffy qui avait amené son petit Prince, ensuite avec Rosa Taxis qui est venue me trouver bien gentillement dans une chambre où j’avais cherché quelques minutes de repos pendant que l’Archiduchesse s’habillait. L’arrivée de Marie avec les Thun, tout cela coup sur coup m’a tellement fatigué la poitrine que je n’en pouvait plus ! Heureusement j’ai été tout à fait seule de 7 à 8 et maintenant que l’enfant est couchée, j’ai du repos ! Elle m’a dit ce soir lorsque je l’embrassais, que Wovo ( c’est la Bonne Welden) lui baisait quelquefois la main et m’a demandé si je ne le faisais pas non plus, A quoi j’ai répondu : " Jamais "- Pas à mon frère non plus ? " Pas à votre frère non plus " . Je suppose que la Baronne le faisait par affection et sans réfléchir ; mais combien on voit qu’il est dangereux de se laisser aller avec ces enfants-là qui, par leur inévitable entourage, doivent se croire des demi-dieux ! Une lettre de W. qui m’annonce enfin sa visite pour demain.

Lundi 5. décembre 1864

Le froid commence a se faire bien sentir. La neige voudrait tomber mais ne le peut. Ecrit dans la matinée à Julie Barbier que je n’avais pas encore pu informer moi-même de tous les changements qui ont eu lieu. J’étais bien mal à l’aise ce matin, bien fatiguée de la poitrine, au moins je crois que c’est la poitrine malgré ce qu’en dit Grüneberg. L’après-midi laissé l’Archiduchesse avec les Majestés qui ont été fort condescendantes, comme jusqu’ici. Pensant qu’Hélène aurait vu W. samedi et l’aurait prévenu comme nous en étions convenues, je ne l’attendais qu’après 8h. Quelle ne fut pas ma surprise en rentrant dans ma chambre après 7h1/2 de l’y trouver m’y attendant. La Ctesse Lili arriva peu après mais ne resta qu’un instant. J’assistai au coucher de l’Archiduchesse puis enfin je pus jouir de ma visite et lui remettre mes commissions. J’espère que j’apprendrai bientôt qu’il n’a pas été dévalisé au retour. Il m’assure que son père est heureux de mon projet qui ne souffrira pas de contradiction. J’aime à l’espérer !

 

 

 


 

SUITE

 

 

 

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