V. Pol marié puis père de famille


Au cours des  permissions de Pol, les cousins Aline et Raoul GAILLARD de SAINT GERMAIN organisent une rencontre en vue d’un mariage avec Victoire de LA FONTAINE.
 
Victoire est née à LUXEMBOURG le 15 juin 1846, elle a 28 ans, Pol en ayant alors 37. Elle est la fille de Prosper de LA FONTAINE, ancien officier, membre de la chambre des députés du Grand-Duché de LUXEMBOURG, et d'Adrienne de VILLERS. Pol ne connaîtra pas cette dernière, déjà disparue lorsqu'il fait la connaissance de la famille.
 
                 
Prosper de LA FONTAINE sera  affectueusement surnommé « Bon papa pipe » par ses petits enfants.
 Le 16 septembre, Aline de SAINT GERMAIN écrit à LA VOLVE pour annoncer que Pol est attendu chez les LA FONTAINE. Le 17, Pol part donc pour le  LUXEMBOURG avec Alix en vue de les rencontrer.
Le séjour qu’ils font à SCHRASSIG leur permet de faire la connaissance de la future belle famille. Sans doute font-ils ainsi le tour des nombreux LA FONTAINE, COLLART et JACQUINOT dont les photos abondent dans l'album de Pol.

Le 25 septembre, Pol écrit à LA VOLVE qu’il est accepté par les LA FONTAINE et que le mariage est arrangé depuis le 23. Anecdote dont le souvenir s’est perpétué : Victoire était de petite taille, ce qui fit qu’après leur mariage les membres de la famille disaient en plaisantant que Pol avait remporté là une grande victoire.
 
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Les noces sont programmées pour l’automne, mais il faut cependant attendre la réponse du ministère de la Guerre pour publier les bans. En tant que militaire, Pol doit en effet obtenir l’autorisation du Ministre pour se marier. Le 5 novembre, Pol et Alix repartent donc pour PARIS. Le 1er décembre, les papiers sont enfin prêts.

Avant son mariage, Pol a dû entreprendre des démarches pour faire rétablir son état-civil. En effet, Pol n’ayant été déclaré à sa naissance que sous le nom de  SURIREY, l’officier d’état-civil du Grand Duché de LUXEMBOURG refuse les pièces qu’il présente, son père Hyppolite n’ayant pas le même nom. Le 23 octobre 1874 par un jugement du tribunal civil de VERDUN Pol voit donc rétabli son état-civil avec le nom de SURIREY de SAINT REMY.

  

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Le mariage a enfin lieu le samedi 12 décembre 1874, au château de SCHRASSIG.
 

 
La famille est arrivée à SCHRASSIG le 8 décembre et le contrat de mariage est signé le 9. Le 12 décembre le mariage, enregistré par le maire de SHUTTRANGE, a lieu à SCHRASSIG. Pol a choisi pour témoins le Général Louis de MECQUENEM, un de ses cousins germains, et son neveu Armand de FALLOIS, un frère d'Aline de SAINT GERMAIN.
                                        

Louis de MECQUENEM

 

Armand de FALLOIS

 

                                                                      
                                                                             
 

                                           

Voici un extrait de l’agenda de Fanny  qui relate cette journée:

«  à 10h. mariage civil dans le château; nous sommes 28, tous parents très près.
A 11h mariage à l’église, 7 voitures pleines.
M. le curé a donné lecture de la bénédiction accordée par le Saint Père pour les mariés.
Très beau dîner en rentrant à 1 heure. A 2h1/2 les jeunes filles et les jeunes garçons sont venus faire leurs compliments. A 3h1/2 les mariés sont partis pour Nancy. Vers 4h 3/4 tous les oncles et tantes sont partis. La jeunesse a dansé jusque minuit puis chanté au dehors ; impossible de dormir.
Les Saint Germain et Armand sont partis à 4h pour Luxembourg. Nous faisons nos malles, j’en suis ravie. Le mariage a été très beau, tout s’est passé à merveille. »

 

En route pour CHATEAU-RENARD, Pol passe se ressourcer dans les ARDENNES : ils font ainsi une halte de deux jours au CHESNE, chez la cousine Joséphine DOYEN.
Le 15, les jeunes mariés sont à LA VOLVE.
Dès le lendemain, ils partent pour PARIS que Victoire ne connaît pas et que Pol lui avait promis de visiter : ils passent ainsi leur première soirée à l’Opéra comique. Pol a demandé à Raoul GAILLARD de SAINT GERMAIN, de leur servir de guide pour visiter la capitale. Raoul, également officier de cavalerie, est en en effet capitaine au 9ème régiment de chasseurs à cheval en garnison à PARIS.

Ils terminent les permissions de Pol à LA VOLVE puis embarquent tous les deux pour l’ALGERIE, Victoire, enchantée par la perspective du dépaysement, ayant accepté de le suivre dans sa garnison d’ORLEANSVILLE où ils vont vivre jusqu’en mars 1875.
 
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Victoire suivra ensuite Pol dans les garnisons métropolitaines successives de son régiment. Faisant parfois seule le déménagement de la famille, comme en 1881 entre VESOUL et VALENCE. Au cours de ses absences, elles ira régulièrement à LA VOLVE chez Fanny, au CHESNE chez les DOYEN, à SCHRASSIG chez son père ou à BETTEMBOURG chez ses cousins COLLART.
 
En épousant Victoire, Pol tombe dans un milieu qui lui est d’emblée familier. En effet, son beau-père est un ancien officier et deux de ses beaux-frères également sont militaire. Louis (1847-1918) est ainsi officier dans l’armée autrichienne, où il sert au 3° Régiment de Dragons de Basse-Autriche avant de passer au 10°Hussard en 1875, et Anatole (1851-1919) qui sert dans l'armée belge où il s'est engagé avant de devenir sous-officier,  et qui est alors élève-officier de cavalerie.      
 
          
Louis de LA FONTAINE   Anatole de LA FONTAINE
 
Pol s’entend par ailleurs très bien avec son beau-père qui a de l’affection pour lui et lui écrit quand il est en opérations.

 
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Pol et Victoire eurent 6 enfants;
d’abord 3 garçons:
- Pierre, né le 29 janvier 1876 à FONTAINEBLEAU où le 1er Régiment de Chasseurs tient garnison, qui rentrera plus tard à l'Ecole Spéciale Militaire de SAINT CYR et sera officier d'infanterie; il épousera Woltera Baronne Van WIJNBERGEN, d'une très ancienne famille catholique de HOLLANDE;
- Jean, né le 6 mars 1877 à FONTAINEBLEAU, qui après avoir aussi préparé SAINT CYR travaillera finalement dans une banque puis, grièvement blessé comme officier pendant la Grande Guerre,  sera par la suite percepteur des impôts à ORLEANS; il épousera Yvonne RAGUENET de SAINT-ALBIN;
- Marc, né le 18 mars 1878, à FONTAINEBLEAU également, qui s’engagera au 1er Régiment d’Infanterie de Marine le 28 août 1897, puis sera sergent aux Tirailleurs Sénégalais le 24 juin 1899. Il meurt de maladie le 2 décembre 1899 à SEDHIOU en CASAMANCE (SÉNÉGAL);
Les trois frères, en 1886 à SAINT-LO

 puis trois filles:
- Adrienne, née à FONTAINEBLEAU le 6 octobre 1879, qui épousera plus tard Robert ENGELHARD;
- Marguerite, née le 29 novembre 1881 au château de SCHRASSIG, qui épousera la première Robert ENGELHARD,  mais mourra jeune le 13 mars 1905;
- Marie-Thérèse, née le 1er juin 1883 au château de SCHRASSIG, qui épousera Maxime BOURDON, Saint-Cyrien de la promotion 1881-1883.


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 En mars 1875, le 11° Hussards quitte l’ALGERIE pour FONTAINEBLEAU où il s’installe en garnison à partir du 15. Pol n’est plus astreint à des départs intempestifs en opération, ses seules absences sont liées aux grandes manœuvre, les premières ayant lieu dès l’automne 75. C’est là, pendant cette période de 5 années de tranquillité et de calme relatif, que naissent les trois garçons et Adrienne.

A FONTAINEBLEAU, la vie de garnison est dynamique, car outre le 11° Hussards la ville accueille aussi l’Ecole d’Application de l’Artillerie et du Génie.
 

            

 

Ainsi, Pol et Victoire sont donc régulièrement invités aux concerts ou aux « Rallie-papier » organisés par cette Ecole tout comme aux divers « Drags » et Carrousels du 11° Hussards.


Ces « Rallie-papier » sont un agréable exercice équestre pour les officiers : il s’agit d’une course, effectuée sur un parcours aménagé en forêt et semé d’obstacles, au cours de laquelle ils s’affrontent et sèment au passage des « frisons de papier » où chacun s’est essayé à l’art du sonnet. Pour la gent féminine, c’est un prétexte à l’élégance et au flirtage avec l’attraction du spectacle que l’on suit en voiture, puis celle du lunch en plein air.


En 1878, Pol perd sa mère qui meurt à LA VOLVE à l’âge de 83 ans.

En 1880, il a enfin retrouvé le commandement d’un escadron; il avait déjà exercé cette fonction comme Lieutenant en 1871 et 1872 et attendait sûrement avec hâte de retrouver ces responsabilités.
Pol commande le 1er escadron. Ses officiers sont le CNE de CARAYON, le LTN TISSIER, le LTN COURTY, le SLT LAW de LAURISTON et le SLT MARTINET.
 

Les officiers du 11ème Hussards à Fontainebleau

 

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En octobre 1880, nouveau changement de garnison : le régiment déménage pour VESOUL, pour 6 mois seulement, puisqu’en avril 1881 il embarque en urgence pour l’ALGERIE, le dépôt du régiment et la plupart des familles devant alors déménager à VALENCE, au grand dam de tous !

Voici ce que Pol écrit quelques jours plus tard à Alix:
"Nous sommes tous furieux de ce nouveau changement de garnison après 6 mois de séjour dans une ville où nous comptions rester quelques années ; c’est un peu trop jouer avec notre bourse et un ministre devrait regarder à deux fois avant de faire une pareille sottise. C’est fait pour nous dégoûter du métier à tout jamais."  (Camp de Fernana, 6 mai 81).
 
Le 24 avril, après avoir fait son déménagement avec l’aide du médecin du régiment, Victoire part pour le LUXEMBOURG avec les enfants et s’installe à SCHRASSIG chez son père.

Comme à chaque campagne, Pol reprend activement sa correspondance avec Alix :

« Bône 16  avril 81 (à Alix)
J’aurais désiré t’annoncer moi-même mon départ pour l’Afrique, mais j’ai été si bousculé que je n’ai pas eu le temps.
Parti le 10 de Vesoul, nous arrivions le 11 à 4 heures du soir et embarquions de suite sur l’Algésiras. Nous passions la journée du 12 à Toulon sans pouvoir débarquer et attendant à chaque instant l’ordre de départ ; ce n’est que le 13 à 11
h ½ du matin que le bateau se mettait en marche et nous débarquait hier à 6 heures du soir, après une traversée magnifique. Demain nous partons pour Souk-Arhas où nous arriverons dans trois jours : nous allons nous réunir 13 escadrons pour opérer
 contre les tribus de la Tunisie et leur infliger le châtiment qu’elles méritent. Tout le monde est plein d’entrain. Je suis enchanté de mes hommes. (…)»


Une fois de plus, le 11 avril 1881, Pol est donc de retour en ALGERIE. Il est vite engagé en opération, car la campagne contre les KROUMIRS est engagée dès le débarquement des troupes.
Des incursions de nomades de la tribu des KROUMIRS dans le sud CONSTANTINOIS sont en effet le prétexte à une intervention militaire en TUNISIE, pays qui fait l’objet d'une rivalité entre l'ITALIE et la FRANCE depuis 1870.

Le 24 avril 1881, un corps d'armée aux ordres du général FORGEMOL de BOSTQUENARD, dont fait partie le 11° Hussards, part de l'est algérien et s'engage dans la vallée de la MEDJERDA, tandis que l'escadre de l'amiral CONRAD attaque TABARKA le 25 et débarque un détachement de 8000 hommes à BIZERTE le 1er mai, sous les ordres du général BREART. Celui-ci parvient devant TUNIS et impose au Bey l'accord du BARDO . Le Bey reconnaîtra aux autorités françaises le droit d'occuper le pays et d'en régir les institutions sous la direction d'un résident général.

Le 11° Hussards fait alors partie de la colonne du Général LOGEROT composée de la brigade de cavalerie du Général  GAUME (avec le 3° Régiment de Chasseurs d’Afrique et le 7° Régiment de Chasseurs) et d’une brigade d’infanterie.

Partie de SOUKH AHRAS, la colonne s’empare de la ville du KEF le 26 avril puis remonte sur SOUK-EL-ARBA atteint le 28. Le 11° Hussards s’illustre particulièrement le 30 avril au combat de la gare de BEN BECHIR contre des tribus révoltées : les 3000 hommes des OULED BOU SALEM sont mis en fuite, abandonnant sur le terrain 300 morts et 1500 têtes de bétail.
La colonne remonte ensuite par FERNANA en direction de la KROUMIRIE. Le 16 mai, la brigade  GAUME est chargée de sécuriser la vallée de la MEDJERDA et sa voie de chemin de fer.


Voici quelques passages des lettres écrites par Pol pendant la campagne :

« Camp de Fernana   6 mai 81 (à Alix)
Nous nous reposons aujourd’hui et c’est fort heureux car il fait un temps de chien ; à chaque instant cette nuit je croyais voir ma tente s’envoler, aussi étais-je couché tout habillé. Je crois que nous attendons ici une autre colonne qui s’est engagée dans les montagnes et avance avec beaucoup de peine.
Depuis notre affaire du 30 avril, nous n’avons pas eu un coup de fusil à tirer ; les tribus qui nous environnent ont fait leur soumission.
Somme toute, aucune colonne n’aura eu une aussi jolie affaire que celle du 11° hussards le 30 avril ; nous avons fait une marche extraordinaire dans les
 montagnes et on considère que cette affaire a eu un très grand résultat, celui de terrifier la population qui était prête à se soulever et d’amener le lendemain même la soumission d’un très grand nombre de tribus hostiles. »


« 8 mai (à Alix)
Je crois que notre rôle est à peu près terminé, l’ennemi s’étant retranché dans un pays trop difficile pour la cavalerie ; nous allons probablement marcher sur Béja et ensuite Tunis. L’Intendance n’est pas plus forte qu’en 70 et trouve le moyen de ne pas nous donner du pain qu’elle remplace par le biscuit et cela à proximité d’un chemin de fer.
Ce qui peut le plus t’intéresser, c’est que je me porte très bien ; il ne fait pas trop chaud, nous avons eu beaucoup de pluie, ce qui est plus à craindre que la chaleur. »


« Colonne Expéditionnaire de Tunisie,  30  mai 1881 (à Fanny)
    L’expédition est loin d’être terminée comme le prétendent les journaux : on va au contraire en commencer une entre Bizerte et Tabarka et celle-ci très sérieuse mais de peu de durée. Ensuite nous aurons l’occupation et l’indemnité à faire rentrer et je crains que tout cela va prendre longtemps. Il est probable que plusieurs régiments rentreront en France, Dieu veuille que nous soyons du nombre. Le rôle de la cavalerie, de notre côté est terminé, nous ne faisons que nous promener le long de la ligne de chemin de fer pour assurer les approvisionnements : nous campons au milieu d’une plaine bien cultivée mais sans le moindre brin de bois et avec de l’eau très mauvaise.
    Depuis hier je suis détaché avec une division de mon escadron pour appuyer le goum (cavaliers arabes) et le commander : cette mission me donne une grande liberté. Je suis toujours en avant et me place où je veux. Aussi je t’écris sous un magnifique caroubier qui a plusieurs siècles d’existence et ce matin pour la première fois nous avons pu déjeuner à l’ombre."


« 4 juin 1881 (à Fanny)
    Nous avons enfin quitté cette plaine infecte que nous avons parcourue dans tous les sens et où les fièvres n’auront pas tardé à se déclarer : nous voici dans la montagne au milieu des bois d’où jaillissent de tous côtés des sources excellentes. Le
 camp est installé près des ruines d’une ville romaine  dans une charmante situation ; il y a de l’air et la chaleur est très supportable.
    Aujourd’hui nous faisons séjour : j’avoue que je ne comprends pas bien le rôle que nous jouons et notre utilité dans un pays qui nous voit peut-être d’un meilleur œil  qu’ils (sic) ne voient les soldats du Bey quand ils viennent chercher l’impôt. Nous sommes cependant au milieu des tribus auxquelles nous avons infligé le 30 avril une sérieuse leçon ; c’est la meilleure façon de soumettre l’arabe qui ne reconnaît que la force.
    Nous n’avons aucune nouvelle des autres colonnes et ne savons rien de l’expédition si ce n’est que tout le monde attend la fin avec impatience car il n’y a rien à faire et surtout pas de gloire à récolter.
    Je vous disais dans ma dernière lettre que j’avais le commandement des cavaliers du goum ce qui me laisse une grande liberté d’action et surtout la faculté de choisir un bon campement car tous les jours je suis aux avant-postes. »


Le 5 juin la colonne arrive à l’Oued MELIZ et le régiment y établit un campement à partir duquel il mène des reconnaissances jusqu’au 12 juin où il reprend sa marche en direction de TEBOURBA.

« Oued-Meliz 6 juin 81 (à Alix)
Nous touchons enfin au bout de l’expédition, dans un mois au plus tard nous serons rentrés et il est grand temps pour l’infanterie qui a une quantité considérable de malades. La cavalerie jusqu’ici a été très favorisée et a très peu d’indisponibles, je n’en ai que trois à l’escadron.(…)Et puis il est temps de rentrer car je n’ai bientôt plus ni culotte ni dolman et malgré la chaleur je trouve ces vêtements indispensables. »


La campagne atteint vite son objectif et le 16 juin les opérations sont suspendues.
 
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Le régiment reçoit des missions d’occupation, d’ escorte de convoi et de reconnaissance diverses. Le 1er escadron du 11° Hussards s’établit à MATEUR pour y tenir une garnison, le 2 à LA MANOUBA (sud de TUNIS), le 3 à BEJA avec l’état-major. Des détachements sont envoyés à LA GOULETTE.

 « Mateur 9 juin 1881 (à Alix)
Je crains que notre occupation ne dure plus longtemps qu’on nous le fait espérer ; s’il en était ainsi et que l’occupation soit permanente, je chercherai à permuter au printemps prochain(…) Victoire a mieux supporté que je ne l’espérais la nouvelle de mon séjour ici ; elle me dit qu’elle a très bonne mine et qu’elle mange très bien. Les enfants ne sont pas toujours très commodes et Pierre s’est un peu ralenti dans sa bonne volonté pour le travail ; aussi vais-je lui envoyer un sermon, mon premier lui ayant fait beaucoup d’effet. »


A son grand dépit Pol apprend que son séjour va effectivement se prolonger ; le gros du corps expéditionnaire est renvoyé en France à la fin du mois, le reste des troupes étant réorganisé en division d’occupation :

« Ce que je craignais depuis longtemps et que je n’osais pas vous avouer est arrivé ; nous faisons partie du corps d’occupation, jusqu’au mois d’octobre, époque à laquelle nous serons remplacés par le 7° Chasseurs et rentrerons en France. Le coup est dur, je tâche de le supporter , espérant que ma mise sur le tableau d’avancement de cette année sera la récompense de ce séjour. Victoire n’en sait rien encore, je n’ose lui annoncer. » (à Alix, Mateur, le 20 juin 81)

L’escadron s’organise donc pour vivre à MATEUR avec la perspective d’un séjour qui va se prolonger plusieurs mois:

« Je n’ai bientôt  plus aucun effet à me mettre sur le dos ; j’en ai laissé une partie à Bône et je ne sais comment les faire venir. Si seulement j’avais mon fusil ! il y a ici beaucoup de gibier et hier nous avons tiré à balles avec nos fusils d’ordonnance 6 cochons sauvages qui tiennent beaucoup du sanglier  mais n’ont pas les défenses aussi fortes. Pour le moment je me contente de la pêche à la ligne ; il y a une quantité de poissons qui ne sont malheureusement pas très bons mais font un peu varier notre nourriture . J’ai toujours assez bon appétit mais je reproche à notre cuisinier de faire toujours la même chose et on a tant besoin de plats variés et appétissants. Nous trouvons à peu près ce que nous voulons, excepté des légumes, mais tout cela à des prix fabuleux : comme partout le soldat est exploité par cette maudite race de Juifs qu’on retrouve partout.
    Vous ne me reconnaîtriez certainement pas dans ma tenue  journalière, je porte toute la barbe, le chapeau indien et une immense ombrelle dont le dessous est vert, grâce à ce bizarre accoutrement  je n’ai rien à craindre du soleil qui, s’il nous
 a ménagé pendant les premiers temps de notre séjour, nous envoie maintenant sur la boule ses plus chauds rayons(…)
De mes 5 officiers je suis encore celui dont le moral est le moins affecté ; ce pauvre Carayon * me fait de la peine, gémit toujours et je suis obligé de temps en temps de remonter la machine. La vie est souvent une rude épreuve qu’il faut savoir supporter avec courage et cette qualité ne me manquera jamais. »
(Mateur 29 juin 1881 ,à Fanny)
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En juillet, la ville de SFAX et la TUNISIE centrale se soulèvent de nouveau. Pol n’est pas directement concerné et conserve sa mission à MATEUR où, une fois installé, la vie d’une troupe en occupation semble assez douce :
« Je suis tout à fait installé dans ma petite maison où je me trouve très bien : après trois mois de séjour sous la tente où j’avais à peine la possibilité de m’habiller, mon habitation me semble délicieuse. Il y fait très bon dans la journée, en fermant tout je n’ai pas une seule mouche et puis faire la sieste tout à mon aise. Aujourd’hui par exemple je me suis reposé pendant trois heures : je m’étais levé à 3 heures du matin pour aller à la chasse. Nous avons fait une assez jolie battue. J’ai tué ma douzaine de perdreaux ce qui est très joli pour ce pays où il y en a très peu. A 7 heures ½ nous étions de retour au camp. Ces parties ne sont pas fatigantes. C’est la seule bonne distraction que nous ayons et j’en profite le plus souvent possible. » (Mateur 6 août 1881)

Mais cette dernière campagne commence à s’étirer et paraît bien longue à toute la famille :
« Je serais bien heureux de vous voir aller toutes les trois à Schrassig : cette visite ferait beaucoup de bien à Victoire  et lui ferait prendre le temps en patience. Je crains bien de rester encore plus longtemps que je ne croyais dans ce pays ; au mois de septembre ou d’octobre on marchera sur Kérouan qu’on occupera encore quelques temps, peut-être y laissera-t-on une garnison permanente car il est   facile de voir que nous ne lâcherons plus la Tunisie. S’il en était ainsi j’avoue qu’aussitôt l’expédition terminée je chercherai un permutant dans un bon régiment de dragons qui a la chance de ne jamais venir ici : me voilà à la tête de 15 campagnes et ce nombre me suffit grandement. » (Mateur 6 août 1881)

* Il s'agit du capitaine Jean-Marie-Henri de CARAYON-LATOUR: (17/04/1850-29/11/1916),  fils aîné d' Edmond, baron de CARAYON LA TOUR, député du TARN, capitaine en second de l'escadron que commande alors Pol. Il quittera l’armée très tôt, comme Chef d’escadrons, et reprendra du service en 1916, à 66 ans. Il succomba aux fatigues de la Grande Guerre et son décès fut d'ailleurs annoncé à Pierre de SAINT REMY, le 6 décembre 1916, par un courrier conservé dans la famille.

 Cette retranscription intégrale d’une lettre de Pol nous donne un bon aperçu de sa vie quotidienne à cette période:

« Mateur 19 août 1881
Ma chère Fanny
Ma lettre arrivera sans doute au Chesne en même temps que vous ; puissiez vous avoir pour le voyage un temps plus agréable que celui que nous avons depuis hier. La température a un peu remonté accompagnée d’un sirocco atroce ; pour avoir une idée de ce vent brûlant tu n’as qu’à te mettre à la bouche d’un énorme four chauffé à blanc. Hier , en rentrant chez moi vers onze heures du matin, j’ai ramassé un fer à cheval, il était tellement chaud  que je n’ai pas pu le garder à la main. On  prétend heureusement que ce vent ne dure jamais bien longtemps ; mais chaque fois qu’il souffle un peu fort les malades de l’ambulance (1) baissent beaucoup et il est rare qu’il n’y ait pas un accident. Fort heureusement tous ceux que j’ai en ce moment à l’ambulance sont tout à fait hors de danger et vont partir en congé de convalescence.
Notre nouveau colonel a dû arriver à Tunis le 12 ; je pense qu’il va venir voir l’escadron. Je l’ai connu au 1er chasseurs où il était chef d’escadrons; c’est un très bon militaire, sévère mais très juste et d’un abord facile : il est de Metz et appartient à une des plus vieilles familles du pays, les Menessier nom auquel il a ajouté celui de la Lance. Mon beau-père les connaît beaucoup.
Je viens d’être chargé d’acheter des mulets et des chevaux pour le transport de l’artillerie, des bagages et pour compléter l’effectif des régiments de cavalerie qui ont perdu pas mal de chevaux. Je suis enchanté de cette occupation très intéressante et qui me fera trouver le temps moins long. Je vais commencer les opérations dès que j’aurais reçu les fonds ; dans toutes mes promenades j’ai rencontré peu d’animaux susceptibles d’être achetés et je crains de ne pouvoir en trouver autant qu’on me dira d’en acheter.
 Victoire se réjouit énormément de vous voir : les enfants s’amusent beaucoup à Bettembourg et leur mère y est choyée et traitée en enfant gâtée. J’espère que le courrier de demain m’apportera leurs photographies.
D’après les bruits qui courent il semble décidé que nous n’occuperons que certains points du littoral, Bizerte, Carthage, Hammam-Lif etc…L’armée se trouverait dans de meilleures conditions et j’aime à croire que s’il faut y passer l’hiver on nous donnera des baraques ou tout au moins de grandes tentes. La colonne contre Kérouan devient de plus en plus inévitable ; comme je suis le seul escadron détaché, me laissera-t-on ici jusqu’à la fin de l’expédition, ou me fera-t-on rejoindre le régiment ? dès maintenant je m’occupe de la chose et en écris à mon chef d’escadrons. Carayon à force de demander a fini par obtenir un congé d’un mois ; il est parti mardi et fera certainement tout ce qu’il pourra pour ne pas revenir dans ce  pays . Au reste je suis enchanté de ne plus l’avoir avec moi, du matin au soir ce n’étaient que plaintes et gémissements. Sur le séjour en Tunisie, il n’était pas fait pour nous remonter le moral. Il me laisse ses journaux, ce dont je lui sais grand gré, je ne serai plus obligé de courir au cercle pour les lire et je me trouve si bien dans mon gourbis que je tâche d’en sortir le moins possible.
Notre petite bibliothèque s’est augmentée de quelques volumes, nous en avons près de deux cents qu’on se repasse entre soi ; ce ne sont il est vrai que des romans, mais il y a des actualités très drôles et qui m’ont bien amusé.
Je n’oublie pas la St Louis (2) que je tiens à te souhaiter en t’envoyant tous mes vœux de bonheur, de santé ; j’aurais voulu t’envoyer une petite fleur mais dans notre camp il ne pousse que des pierres et il faudra te contenter d’un bon baiser.
Donnez-moi bien exactement votre itinéraire afin que mes lettres  puissent vous arriver sans retard.
Au revoir, ma chère Fanny, je vous embrasse toutes les trois de tout cœur.

Ton dévoué frère et ami
Pol


1- Infirmerie de campagne.
2- Fanny se prénomme Louise Augustine Fanny.



Notons que ce même été 1881, à SAINT-CYR, la promotion de son neveu Pierre Henri de SURIREY est baptisée du nom de « promotion des KROUMIRS ».
 

Pierre henri de surirey

Pierre Henri de SURIREY


Pol est un officier expérimenté qui se distingue à la tête de son escadron, comme le montrent ces paroles du général commandant sa brigade lors d’une visite faite à son cantonnement: « je suis un peu pressé et j’accepterai toutes vos propositions sans vous voir, parce que je vous connais de réputation et sais combien votre escadron est bien tenu et comme je puis compter sur vous. » (30 août 1881)
 
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En septembre 1881, Pol et son escadron quittent enfin MATEUR et rejoignent LA MANOUBA, aux portes de TUNIS. Il y apprend une bonne nouvelle : il est inscrit sur le tableau d’avancement pour le grade de Chef d’escadrons, avec le N°1 sur la liste du régiment.

Officiers du 11ème Hussards au Palais de la Rose à LA MANOUBA (Quartier Général des troupes françaises)

(Pol est en civil avec son chien aux pieds)

 
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En octobre, l’insurrection reprend de plus belle. Pol participe pendant un peu plus de 2 mois aux opérations entreprises contre les tribus dissidentes dans la région de TESTOUR et DOUGGA (combats d’AIN TOUGA les 6 et 7 octobre). Ces opérations consistent à attaquer les tribus rebelles. Or, celles-ci rompant rapidement le combat, l’armée française a décidé de systématiquement détruire les villages, couper les plantations d’olivier et razzier les troupeaux , « bien triste chose » en convient Pol.

Cette colonne se conclut finalement par la soumission des tribus OULED AOUM et OULED AYA.
 Le 19 décembre, les opérations sont suspendues et le régiment est réuni à LA MANOUBA pour se remettre en condition, la France ayant par ailleurs décidé l’occupation de TUNIS.

L’escadron est usé. Les dernières opérations ont été fatigantes et dans un contexte de pluies torrentielles . Parti de VESOUL avec 150 hommes, Pol en a perdu 11 et en a 30 en convalescence; la moitié de l’escadron n’a guère plus qu’une chemise à se mettre sur le dos et leurs bottes sont percées; ils n’ont pas eu de pain depuis 2 mois, mais leur moral est bon dit-il.
 
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Pol est un vieux soldat, il connaît bien l’Afrique du nord et sait se protéger de ses rigueurs : il se soigne préventivement avec les pilules de quinine que lui envoie M. RUPP (le pharmacien de CHATEAURENARD semble-t-il) et veille à se ménager. « Je suis étonné de la façon dont je supporte tout cela et je vois avec grand plaisir que les vieux sont encore les plus vigoureux » écrit-il à Alix. Les malades sont en effet très nombreux au sein du corps expéditionnaires et Pol est parmi les rares officiers à ne pas être affectés par le climat et les fièvres. Le Colonel lui-même est malade et envisage d’être rapatrié en FRANCE.

Le 16 janvier Pol et son escadron s’installent dans une vieille fabrique à 2 km de TEBOURBA. Les missions d’escorte et de reconnaissance se poursuivent conjointement au service de différents postes à TUNIS, ZAGHOUAT et AIN TOUMGA.
 
 
Pendant ce temps, à SCHRASSIG, la famille s’est agrandie avec la naissance de Marguerite à qui Gabriel de RANCOURT, très attaché à ce prénom que portait sa sœur, envoie une petite croix en or.
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En février, Pol suit de loin un autre événement familial qui le touche aussi de près et auquel il regrette bien de ne pouvoir assister:
Thérèse épouse en effet à Paris son cousin Paul DOYEN, capitaine d’Infanterie, en garnison à TOURS.
 

Paul et Thérèse DOYEN

 
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En février Pol apprend aussi le décès de Mme de NOUVILLE, amie de longue date de FANNY et de la famille qui habitait à LAGNY en SEINE-ET-MARNE. Elle avait eu un accident au mois de décembre : renversée par un camion sous les yeux d’Alix, elle était dans un état grave au point que celle-ci était depuis restée à son chevet.

Malgré ses espoirs, il n’a pas été promu Chef d’escadrons en 81et se préoccupe fort de son maintien sur le tableau d’avancement de 82. Tout l’hiver, Alix a multiplié les démarches en sa faveur; elle y a réussi, mais malgré ses excellentes notes et l’appui du Général commandant en chef en Tunisie sa promotion devient difficile en raison de son âge (il a 45 ans cette année):
 

« Gafsa, 17 mars 1882.
Ma chère Fanny,
Nous venons de passer mon inspection générale qui a été bien douce et bien facile ; c’est toujours un bon débarras et la tranquillité pour quelque temps.
Je viens de recevoir une lettre de Carayon qui vient de subir une opération assez sérieuse qui va le forcer à garder le lit assez longtemps et l’a décidé à se faire mettre en non activité. Celui qui va le remplacer ne demande qu’à venir ici et me propose de permuter ce que j’ai accepté de suite. Dès que la mise en non activité de Carayon sera arrivée, nous ferons les démarches  nécessaires et comme ça ne sort pas du régiment ça ne sera pas long(…)
C’est demain que le Général Forgemol rentre à Paris et son officier d’ordonnance va s’occuper de ma demande de remonte (1) qui doit être dans les bureaux du corps d’armée. Je saurai aussi si le Général a tenu sa promesse et a écrit au Ministre de la guerre pour lui demander très catégoriquement ma mise sur le tableau (2) actuellement en vigueur. C’est une bonne intention de sa part mais je doute qu’il réussisse dans ses démarches.
Les communications vont devenir de plus en plus faciles ; à la fin du mois nous aurons le télégraphe électrique ici. Nous n’avions jusqu’à présent que l’optique  qui tout en rendant de grands services ne peut cependant marcher que par temps très clair, surtout quand les postes sont un peu éloignés. Plusieurs de ces M.M. ont reçu de France des dépêches qui ont mis plus de temps qu’une lettre ordinaire (…) »


1- Il s'agit d’un renouvellement de chevaux
2- Tableau d'avancement
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 Pol est décoré du Nicham Iftikhar. Les élus sont peu nombreux au sein du corps expéditionnaire, mais cette décoration tunisienne n’a que peu de valeur aux yeux des militaires. Voici en effet ce qu’il en dit :
« Il paraît que je vais avoir la décoration du Nicham : sur 250 propositions on en a maintenu 20 et je suis du nombre: je t'assure que je n'y tiens pas du tout, cette croix a été si prodiguée qu'elle n'a aucune espèce de valeur. On l'achète et plus on paye plus on en a; tous les mercantiles de Tunis portent la rosette à la boutonnière et même notre gargotier d'ici. »

Pol est par ailleurs très négatif sur la politique de la France en Tunisie et son ressentiment vis à vis de l’indécision relative au rapatriement éventuel des troupes lui fait tenir des propos assez vifs : « Les Italiens sont plus insolents que jamais, nous n’osons rien dire : c’est à croire que nous avons peur de ces gens là. Tant que nous n’annexerons pas le pays il en sera de même, c’est la première chose à faire sans cela tout ira mal. Quelle triste politique et quel gâchis ! tout cela peut durer encore bien longtemps. Nous sommes une nation pourrie, sans énergie, sans cœur, ne pensant qu’à une chose, gagner de l’argent et avoir des places, et pour y arriver tous les moyens sont bons .»
 

En mai 1882, les conditions de vie de Pol s'améliorent: l'escadron emménage en effet dans l'ancien palais KHEREDINE. Néanmoins, alors que voyant le séjour se prolonger Victoire envisage de le rejoindre en TUNISIE avec les enfants, Pol s’y oppose catégoriquement :  « je lui ai répondu que je ne voulais pour rien au monde que les enfants vinssent ici, le climat est meurtrier pour les enfants si jeunes, je le vois tous les jours pour des officiers qui sont à Tunis avec leur famille. »
Pol se soucie déjà du retour à VALENCE et de l’inscription des enfants dans une bonne école tenue par des religieux. Les deux aînés Pierre et Jean sont sages et d’un tempérament calme. Pierre en particulier travaille très bien. En revanche, Marc est assez bruyant et tapageur ; il répand volontiers la discorde et incite constamment Adrienne, qui aime ça, à chanter du matin au soir. Par ailleurs, ce séjour prolongé à SCHRASSIG fait que les enfants ne parlent plus un mot de français, ce qui désespère Victoire, mais n’inquiète guère Pol qui cependant s’occupe de faire envoyer à l’intention de Pierre les livres utilisés par les écoles de France.
 

Au palais de la Rose à La Manouba

 

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Le 17 juin, l’état-major et le 3° escadron rentrent en France. Les opérations en cours nécessitant surtout des unités d’infanterie, la cavalerie se voit cantonnée à des missions d’escorte et d’occupation.

Pol rentre le 18 juillet 1882 en FRANCE, en permission seulement, car il fait partie des 3 escadrons maintenus en TUNISIE. Il a difficilement obtenu cette permission, car son  escadron doit à cette période déménager pour SOUSSE. Il lui a même fallu se faire brièvement hospitaliser pour y parvenir.
Le 11 octobre, après un peu moins de 3 mois de congés qui lui ont permis de faire la connaissance de sa fille Marguerite, il rejoint de nouveau la TUNISIE.
L’occupation se prolonge. La famille est toujours à SCHRASSIG où, peu avant le retour de Pol, naît Marie-Thérèse.

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Le 6 juin 1883 enfin, son escadron est rapatrié en métropole pour s’installer à VALENCE. Ce séjour qui devait être de quelques mois aura finalement duré plus de deux ans. C’était sa dernière campagne. Si l’on comptabilise ses séjours et campagnes, Pol a passé près de 10 années de sa vie en Afrique du nord.

Sa santé est cependant assez affectée par ces campagnes successives effectuées dans des conditions souvent très rustiques et, à cheval, ne l'oublions pas. Lors de l’inspection de 1883, même si son chef de corps le note « apte encore à faire campagne », le Général Inspecteur écrit : « Honnête homme dans toute l’acception de mot. Dévoué à ses devoirs et surmontant souvent de cruelles souffrances pour rester à son poste à la tête de son escadron. » Mais à l’inspection de l’année suivante, le chef de corps écrit cette fois: « santé médiocre, ne peut faire campagne », le Général notant quant à lui: « Très bon officier dont la santé est malheureusement très compromise depuis l’expédition de Tunisie ». Le 15 octobre 1884, à peine 1 an après son retour en métropole, Pol est finalement mis en non activité pour infirmités temporaires. Il a alors plus de 29 années de service actif. Atteint de « bronchite chronique spécifique avec engagement du foie » il n’est pas considéré comme incurable. Cependant, malgré plusieurs mois aux eaux ou en convalescence, il ne se rétablit pas de sa « phtisie pulmonaire »

Détaché comme officier acheteur au dépôt de remonte de SAINT-LO dans la MANCHE, il y installe sa famille. Ils habitent au n°5 de la rue Dagobert où Pol se résout finalement à prendre sa retraite:

« St Lô
Dimanche 8 février1885
Ma chère Alix
(…)Je vois bien qu'il est inutile de songer à reprendre du service actif; j'aurais pu arriver au grade de Chef d'Escadrons et me retirer avec une retraite plus forte: mais outre ma maladie actuelle j'ai eu pendant une quinte de toux une petite hernie qui m'oblige à porter un bandage. Le docteur m'assure que ce n'est presque rien et qu'elle se guérira, mais je dois m'abstenir de tout effort, de tout travail fatiguant: je me suis donc décidé à demander ma retraite et je pense que dans deux mois elle pourra être liquidée(…) »


Il ne peut en effet reprendre du service et peut en revanche bénéficier d’une retraite pour ancienneté de service le 11 mai 1885. Il est alors nommé à la tête du 2° escadron territorial de cavalerie légère de la 10° Région (équivalent d'une unité de réserve d' aujourd’hui).
 
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Malgré les soins et le repos, sa santé continue inexorablement à diminuer . Définitivement rayé des cadres le  28 janvier 1887, il s’éteint le 7 octobre au matin vers 5H30. Il n’a pas 50 ans; sa dernière fille Marie-Thérèse a à peine 4 ans et Pierre son aîné n’a encore que 11 ans.

Famille et amis se déplacent en nombre pour les obsèques qui ont lieu à SAINT-LO le 10 octobre. Anatole de LA FONTAINE et M. RUPP se chargent ensuite de ramener le corps de Pol à LA VOLVE par le train.
Il est inhumé à CHATEAURENARD le 12 octobre en présence de Paul et Thérèse DOYEN et d'Anatole de LA FONTAINE, Fanny étant restée à SAINT-LO avec Victoire et les enfants.
 

Après sa disparition, Victoire et ses enfants restent quelques temps à SAINT-LO où Victoire entame les démarches nécessaires pour obtenir une pension et semble avoir le projet d’ouvrir un débit de tabac, comme elle l’écrit le 4 mai 1888 dans une lettre adressée au Ministre de la Guerre pour obtenir un relevé des états de services de Pol. Finalement, Victoire ira s’installer à ORLEANS, 22 quai Barentin, ce qui la rapproche du reste de la famille.

Dans l’acte de succession de Pol, son cousin Charles de SURIREY est désigné comme tuteur des enfants, mais d’après la tante Marie DOYEN, Pol avait aussi demandé à Gabriel de RANCOURT, resté jusqu’au bout un ami fidèle, de tenir ce rôle.

Les garçons poursuivront leurs études au collège Sainte-Croix à ORLEANS, bien connu de la famille depuis; les filles seront bientôt pensionnaires à CHATEAURENARD chez les religieuses de la Présentation de Tours, ce qui leur permettra de passer chaque jeudi et dimanche à LA VOLVE, chez leur tante Fanny.
 
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