VI. Quelques traits de caractère de Pol

Pol est sociable et très attaché aux liens familiaux. Même s’il prétend souvent être paresseux pour écrire ( « vous savez mon antipathie pour ce genre d’exercice » écrit-il à son beau-frère), il entretient une correspondance régulière avec ses oncles et cousins, ses sœurs et son beau-frère. Il ne perd jamais une occasion de rendre visite aux  uns ou aux autres et se félicite toujours de tout ce qui peut rapprocher les membres de la famille :
« Je vois avec grand plaisir que la famille cherche à se rapprocher de nous, puisque tous ont fait des cadeaux à Thérèse. » (25 déc. 1881, à l’occasion du mariage de Thérèse CORMIER)

Sans être mondain, il a beaucoup de relations et connaît beaucoup de monde, n’hésitant pas à se faire connaître aussi. Il n’est pas une occasion, en opérations comme en garnison, qu’il ne saisisse pour faire connaissance avec les officiers appartenant aux autres régiments ou à l’état-major. Bien sûr, il entretient aussi fidèlement son amitié avec Gabriel de RANCOURT.
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A travers ses lettres et sa vie, on devine aussi chez lui un tempérament volontaire. C’est en effet à force de volonté que Pol est parvenu à ses fins : ayant peu de goût  pour les études au départ, il s’est transformé en un travailleur acharné et persévérant pour devenir officier. Que ce soit comme homme du rang, comme sous-officier ou comme élève instructeur, il a consacré une bonne partie de son temps libre à lire et étudier en vue des inspections et des examens.
 
 Au fil des années, il montre en outre une force morale peu commune : malgré ses nombreuses déceptions il n’est jamais vraiment découragé par les difficultés de l’avancement ou celles du métier ; lors de l’expédition de TUNISIE, il est manifestement parmi les rares officiers dont le moral n’est pas atteint par les difficiles conditions de cette expédition qui a fortement éprouvé les officiers comme la troupe.

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Pol est aussi un chrétien convaincu et pratiquant, et la foi profonde de ses enfants dont nous avons des témoignages en est sans aucun doute la marque. Dès qu’il est à proximité d’une institution religieuse, il s’efforce d’y faire une visite. Tout au long de sa vie, il ne laisse jamais passer une soutane dans son rayon d’action sans essayer de créer des liens.  « Je compte aller passer le jour de Pâques à Carthage et aller à la messe de la chapelle Saint Louis : je connais un peu les pères qui sont charmants et très bons. » (31 mars 1882). En Tunisie, il se lie particulièrement avec le père capucin qui fait office à l’ambulance du 1er régiment de Chasseurs (il s’agit probablement de lui sur la photo de la page 81).

A son retour de Tunisie, il tient à mettre ses enfants chez les frères en vue de leur donner la meilleure éducation possible. Enfin, s’afficher comme officier chrétien ne le gêne pas à une époque où le contexte politique n’est pourtant pas favorable : « Ce matin, l’aumônier a dit la messe au milieu du camp ; tous les officiers de cavalerie s’étaient donnés rendez-vous. Il est défendu à l’aumônier de dire son office ou plutôt de prévenir de l’heure, d’en faire en un mot une chose publique ; c’est pour ainsi dire en cachette qu’il doit officier. » (mai 1881)

Pour cette raison, Pol n’est probablement pas à ranger dans le camp des républicains laïcs qui dominent la III° république à cette époque et détiennent la majorité à la Chambre des députés. Dès la chute de l’Empire, ses avis sont assez critiques vis à vis du régime politique qui s’est mis en place: « …Je vois avec peine les mesures prises par la chambre  pour refaire notre beau pays ; nos progrès sont bien lents, nous marchons vers l’inconnu, on n’ose pas y  songer. Ces belles idées libérales du jour vont nous conduire je ne sais où ! » (mars 1872). « …Il est vrai que nous vivons sous un si drôle de régime qu'il faut s'attendre à tout. » (juin 1882)

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Pour ce qui relève de son métier, on constate que Pol est sans aucun doute un excellent officier de troupe. Sa carrière serait d’ailleurs encore aujourd’hui tout à fait remarquable pour un officier passé  par le rang. Il est semble-t-il parfaitement noté et apprécié de ses chefs, mais également apprécié de ses pairs : « Je suis rentré ici le 2 juillet; mes camarades me reçurent parfaitement et je m'aperçus avec plaisir que je m'étais fait de bons amis. » écrit-il par exemple en juillet 1861 à son retour de permissions. « Ma nomination a fait plaisir à tout le monde et même à mes concurrents » témoigne-t-il également à l’issue de sa promotion au grade d’adjudant.

Les quelques notes inscrites lors des inspections de 1883 et 1884 sont sobres mais claires : « Sert bien et avec zèle », « Caractère droit - jugement sain-moralité parfaite - intelligent et capable », « très bon officier, caractère loyal, serviteur irréprochable - proposé 3 années de suite pour le grade de chef d’escadrons ».

Les préoccupations qu’il évoque dans son courrier montrent que c’est un chef très soucieux de sa mission et de ses hommes : « L’état sanitaire n’est pas aussi satisfaisant que le disent les journaux officiels ; sur 125 hommes, j’en ai 8 à l’ambulance et 12 à 15 malades tous les jours. Ce ne sont pas des maladies sérieuses, c’est la suite des fatigues que ces hommes ont eu à supporter et la grande chaleur contre laquelle ils ne peuvent que difficilement s’abriter. J’ai défendu tout espèce de travail de 10 heures à 3.  Sans cela les hommes sont si pressés de terminer leurs gourbis qu’ils travailleraient en plein midi. Ils sont mieux nourris qu’en France, ils ont 4 jours sur 5 un peu de vin ; c’est souvent le manque de précautions, l’oubli des prescriptions qu’on leur recommande tous les jours qui sont la cause de leur maladie. » (juillet 81)

Il a de plus manifestement un idéal élevé qui se traduit par une haute idée de son métier de soldat, ce que montre une lettre où il n’épargne pas son adjoint, le capitaine de CARAYON, qui obtient par protection un congé en plein milieu des opérations de TUNISIE, « au moment où la présence de tous les officiers était nécessaire pour remonter le moral de nos hommes qui voyaient leurs camarades mourir de la fièvre typhoïde; tout cela n'est pas d'un soldat et on ne reste pas dans le métier quand on est aussi peu militaire.»

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Enfin, on l’aura noté plus d’une fois, d’une famille en partie ardennaise, fils de Lieutenant de louveterie, Pol est naturellement un chasseur au premier sens du terme, et de plus un excellent fusil. « Je puis le dire sans trop de vanité, presque toujours j’ai été le roi de la chasse.» (16 décembre 1869)

Pendant toutes ses campagnes en AFRIQUE DU NORD comme dans ses garnisons métropolitaines, la chasse a ainsi été sa distraction principale :
« La santé est revenue avec le beau temps, j'ai pu prendre ma semaine dimanche et fermer la chasse: j'ai tué deux perdrix malgré un vent affreux, mais j'ai bien fait du chemin. Mon chien a été extraordinaire, en revenant ici, j'avais caché une perdrix au fond de mon cabinet de toilette, j'étais resté dans le salon, il a été la dénicher et me l'a rapportée très bien sans la serrer. »

 


 « Demain, (mon ordonnance) partira à 6 heures avec les chiens, ira m’attendre à 15 Ktres d’ici, là je le rejoindrai au trot, il mettra les chevaux à la corde, nous déjeunerons puis je chasserai jusqu’à 3 heures et reviendrai ici. Il n’est jamais seul, c’est d’abord prudent, nous sommes ordinairement trois ; c’est là une de nos grandes distractions, il y a beaucoup de gibier et nous ne sommes jamais revenus sans 20 à 30 pièces. Je ne sais si je t’ai dit que j’avais acheté un fusil Lefaucheux, je l’ai payé 200 fcs par petites sommes, j’en suis on ne peut plus content. Je suis devenu d’une adresse assez jolie » (16 décembre 1869)

«  la chasse me fait oublier tous les petits désagréments du pays » écrit-il aussi dans cette même lettre.

« j’ai toujours ma petite chienne aussi fidèle et commençant à chasser pas mal : il y a en ce moment des cailles et je vais de temps en temps en tirer quelques unes » (18 avril 69)

« Si seulement j’avais mon fusil ! il y a ici beaucoup de gibier et hier nous avons tiré à balles avec nos fusils d’ordonnance 6 cochons sauvages qui tiennent beaucoup du sanglier  mais n’ont pas les défenses aussi fortes. » (29 juin 1881)

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Cette petite caricature sans doute réalisée par un autre officier illustre bien cette passion de la chasse et nous permet de conclure ce résumé de la vie de Pol sur une touche de couleur et un trait humoristique:





 

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