Les SURIREY Huguenots

 

Dès le XVI° siècle, un certain nombre de SURIREY étaient protestants, une partie importante de la population de Basse-Normandie, toutes catégories sociales confondues, ayant été gagnée aux idées de la Réforme. Leur lien avec Richard SURIREY dont le catholicisme est avéré n'est toutefois pas établi, mais la présence au Suriname d'un SURIREY de SAINT REMY est sans nul doute la conséquence d'une émigration au moment de la révocation de l'Edit de Nantes.

La trace de cette branche de la famille est difficile à retrouver compte tenu des nombreuses variations que l'orthographe du nom de famille a subi dans les transcriptions de documents. Le seul Samuel se retrouve ainsi sous pas moins de cinq orthographes différentes: SURIREY de SAINT REMIE, SURIRE de ST. REMY, SARIREIJ de ST REMIJ, de SURERY St REMY et SURERY de ST. REMY. Son petit-fils se retrouvera parfois avec l'orthographe toute aussi fantaisiste de SURIREY de ST RENEY.

Il est donc manifeste qu'au moins un SURIREY, sans doute le père de Samuel, a émigré aux PAYS-BAS.  Lui-même ou son fils est ensuite passé au SURINAM, colonie néerlandaise depuis 1667 où nombre d'émigrés français ont trouvé refuge, comme en témoignent les noms des planteurs installés à cette époque (NEPVEU, de LA JAILLE, PICHOT, CHEVALIER, de CREPI, de RAINEVAL, DEMASURES, LABBADIE, NAVEAU, PLANTEAU, du PEYROU, du MAURIN, LA CROIX, L'ESPINASSE, de LACHAU, MAQUETTE, des TOMBES, du PLESSIS, de LOGES, de MAZURES...). Le SURINAM a en effet été le refuge de plusieurs centaines de  huguenots français. Notons que 40% des protestants de Basse-Normandie ont ainsi quitté la France pour éviter d'abjurer leur foi. Ajoutons qu'un peu plus tard, l'Edit de 1724 qui remet en vigueur toutes les ordonnances de Louis XIV a en général fait perdre tout espoir de retour aux huguenots, les décidant alors à s'implanter définitivement là où ils s'étaient réfugiés.

On retrouve ainsi Samuel SURIREY de SAINT REMY, propriétaire de plantations sur la rivière COTTICA et sur la rivière COMOWINE. Il a épousé Adriana Elizabeth de LA JAILLE, issue également de l'émigration protestante française, dont il aura deux enfants. Celle-ci, née le 14 octobre 1706 à PARAMARIBO et baptisée le 9 janvier 1707, est l'un des 7 enfants de Gabriel de LA JAILLE, originaire de Saintonge, et de Sarah LODGE (veuve de François de BRUYN, épousée en 1702, décédée en 1759), ses parrain et marraine sont Adriaan de Lies et sa femme Elisabeth Smith. Ses parents sont propriétaires d'une très  importante plantation (près de 5200 acres, soit plus de 2000 ha), La Solitude, située sur la rivière COMMETAWANE. Ces plantations étaient essentiellement tournées vers la production de canne à sucre et de café, avec une main d'oeuvre fournie par la traite des esclaves noirs.

En 1731, 1732 et 1733 Samuel apparaît sur le rôle de la 1ère compagnie bourgeoise (milice) du colonel Charles Emile Henry de CHEUSSES qui est également le Gouverneur de la colonie depuis 1728. Il y figure comme Enseigne, les autres officiers étant Jacques de CREPY, Louis de BOISGUION * et Paul MARCELL (* Louis Georges de BOISGUION est aussi originaire de Normandie. Il est le fils d'Henri de BOISGUION et Henriette de SILLY de GALOT).

En 1749, Samuel est nommé conseiller à la Cour de Justice Civile de SURINAME, tribunal réuni quatre fois par an pour juger les affaires civiles, composé de 10 conseillers et présidé par le Gouverneur de la colonie.

Le 8 janvier 1751, Samuel et sa femme sont témoins au baptème de Sara Maria VAN DEN HEUVE dans l'église de la Westerkerk à Amsterdam. La grand-mère maternelle de cette Sara est  Maria de LA JAILLE, une soeur d'Adriana Elizabeth. Cette présence à AMSTERDAM ne signifie sans doute pas pour autant que Samuel soit définitivement rentré en Europe à cette date, mais plutôt que ses affaires l'y amènent parfois.

Selon le plan de l'Ingénieur Alexandre de LAVAUX qui dresse le relevé de la colonie de SURINAME en 1737 puis en 1758, Samuel SURIREY de SAINT REMY possède deux plantations sur la rivière COTTICA: ZELDEN RUST (parcelle N°67) de 508 acres (environ 200ha) sur la rive droite et NIEUWE EENDRAGTE (parcelle N°18) de 265 acres (environ 100ha) sur la rive gauche. Ce sont deux plantations essentiellement dédiées à la culture du café. D'après la liste des plantations de la colonie de Suriname parue en 1784 chez A. van der KROE et ANTH. CAPEL à Amsterdam, dans laquelle son nom est orthographié "Surery de St. Remy" (P.51), sa plantation de NIEUWE EENDRAGT est alors confiée à deux administrateurs, Fackert et Blinderman.

En 1768, un inventaire de la plantation LA SOLITUDE signale que Samuel SURIREY DE SAINT REMY est alors veuf lorsqu'il hérite de 15/40° de la plantation. Alors que la présence de la famille de LA JAILLE est encore attestée au SURINAME vers 1863, notamment par des sépultures encore visibles aujourd'hui, aucune trace du ménage SURIREY-LAJAILLE n'apparaît après le XVIII° siècle et il est fort probable que Samuel soit rentré aux Pays-Bas aux alentours de 1770, peut-être à la mort de sa femme.

Si nombre de propriétaires hollandais de plantation ne résidaient pas au SURINAME, laissant celle-ci aux mains d'un régisseur, les responsabilités prises par Samuel au sein de la colonie, de même que son alliance avec la famille de LA JAILLE dont les sépultures en particulier témoignent de leur implantation, confirment qu'il y demeure. Par ailleurs, la naissance en 1740 à SURINAME de Sara, fille de Samuel, conforte cette hypothèse.

 

Rivières Cottica et Commewine à l'est de Paramaribo

 

On retrouve Samuel SURIREY de SAINT REMY à AMSTERDAM le 11 juin 1772 lorsqu'il enregistre un testament où figure le fait qu'il est désormais veuf.  Sont alors cités ses deux enfants Isaac Gabriel et Sara, et Samuel est dénommé "ancien conseiller de la Cour de Justice Civile de SURINAME". Le testament précise que Samuel réside alors à AMSTERDAM, rue Vyzelstraat, à hauteur du canal Keizersgracht. Il est possible que son retour en Europe soit dû aux événements qui ont frappé la colonie de SURINAM dans les années 1770. En effet, la situation du Surinam s'est fortement dégradée pour les planteurs, du fait d'une insécurité croissante liée aux attaques de plus en plus fréquentes et meurtières des bandes de nègres marrons et en raison d'un endettement massif qui a conduit la grande majorité des planteurs à hypothéquer leurs biens auprès de créanciers hollandais.

Sa fille Sara s'était  mariée une première fois le 20 septembre 1760 dans la ville d'Abcoude, province d'Utrecht, à Ludovicus de Dieu (baptisé le 19 juin 1740 à Amsterdam), un petit-fils du fameux Ludovicus de Dieu (1670-1634), Pasteur à Leyde et régent du collège wallon dans cette même ville, rendu célèbre par ses travaux sur les langues hébraïque et orientales. Ludovicus de Dieu est depuis 1756 secrétaire de la Chambre des Désolations, des banqueroutes & successions abandonnées à Amsterdam. Après le décès de son premier mari le 2 octobre 1768, Sara s'est remariée à Binkes Carel BOERS (né vers 1745) capitaine de l'Amirauté d'Amsterdam. Elle meurt le 25 septembre 1794 à De Nieuwe Kerk, province d'Amsterdam et son mari lui survivra. Remarié en 1795, il meurt le 24 Juillet 1798 à Katwijk aan de Rijn (Zuid-Holland).

Isaac Gabriel épouse quant à lui Aachje VAN NIJEVELT (contrat du 02/11/1770 à AMSTERDAM), dont il a eu un fils probablement unique, Johannes Elise Isaac Samuel. Une fois veuve, Aachje se remariera en 1802 à Marie Jean Baptiste Frédéric LA TOUCHE THIERCELIN de SAINT MICHEL. Les actes notariés font alors état de deux tuteurs pour Johannes Elise Isaac Samuel: Johannes HART et Abraham VEREUL.

Si la plantation de ZELDEN RUST n'appartient plus à la famille (au moins depuis 1784), en revanche NEW EENDRAGT appartient toujours en indivision à Johannes Elise Isaac Samuel et sa mère en 1801.

Il est intéressant de noter qu'Abraham VEREUL est un personnage important à AMSTERDAM, mais également que son histoire familiale à des similitudes avec celle des SURIREY. En effet, VEREUL est issu d'une famille protestante française et normande. Son arrière-grand-père, natif de ROUEN, s'est installé en 1714 au SURINAME où il exploite alors une plantation. Ses descendants poursuivirent cette exploitation, étendant le domaine, notamment au bord de la rivière COTTICA. Abraham VEREUL, né en 1770, rentre aux Pays-Bas avec ses parents  en 1773 et effectue ses études à GOUDA. Notons que sa mère est née BENNELLE, une famille de planteurs également alliée aux LA JAILLE. Poète et homme politique, Président de la Société du SURINAME, plusieurs fois membre de la municipalité, Abraham VEREUL fut maire d'AMSTERDAM pendant la période de souveraineté française.

Quant à Johannes HART, si l'on en croit un courrier de Gabriel Surirey de La Rue à Charles de Surirey de Saint Remy conservé dans la famille, il pourrait s'agir d'un frère d'Aachje Van Nievelt, commandant les écuries d'un prince Lebau. Par ailleurs, ce même courrier fait état d'une rencontre à CAHORS avec un M. TIERCELIN, professeur de lettres et époux d'une demoiselle HART, fille de l'écuyer commandant du Grand manège du Stathouder à Amsterdam et veuve Surirey de Saint Remy.

Samuel SURIREY de ST REMY est inhumé le 30 janvier 1775 à Amsterdam (son décès est mentionné dans le "Maandelykse Nederlandische Mercurius").

On retrouve enfin cette branche SURIREY en FRANCE au XIX° siècle: un courrier adressé à la famille en 1865  (cf. ci-dessous) fait en effet état d'une madame de SURIREY et de ses deux fils résidant avenue de Breteuil à PARIS et dont feu le mari, originaire d'AMSTERDAM, descendait  de "Pierre II de SURIREY de SAINT-REMY professant la communion évangélique" qui se serait exilé aux PAYS-BAS avant de passer au SURINAM.

En effet, Jean Elise Isaac Samuel SURIREY de SAINT REMY est décédé à PARIS le 10 septembre 1846 (cf. registre des décès de la ville de Paris). Il avait épousé Thérèse Bernardine Mimé (ou Mismé ?) qui en 1865 habite toujours PARIS au 6 de l'avenue de Breteuil et dont il a eu deux fils:

- Ernest Jean Pierre Hippolyte Elie, décédé à 20 ans le 27 juin 1865 à Paris (cf. registre des décès de la ville de Paris-7°arr.);

- Hippolyte âgé de 39 ans en 1865.

 

Il paraît également assez évident que les prénoms portés par ces SURIREY confortent l'appartenance à la religion réformée ainsi que leur filiation. Mais nous en avons surtout la confirmation dans le Testament de Samuel Surirey de Saint Remy qui fait état de son appartenance à la paroisse réformée d'Amsterdam et à la congrégation wallonne (culte réformé de langue française).

Malgré le courrier évoqué, il ne semble pas que les deux branches aient jamais repris contact, la mémoire familiale n'ayant en effet pas conservé l'existence de ces SURIREY. Il n'y a par ailleurs aucune trace de descendance.

 

Enfin, d'autres SURIREY ou SURIRAY alias SURIREIJ ont également fait souche aux Pays-Bas à la même époque, mais leur filiation reste à déterminer:

voir SURIREY DIVERS.

 


 

Lettre du père d'AMBLY à  Fanny de SURIREY de SAINT REMY.

Paris, rue Notre dame des Champs, le 14 juin 1865

Madame,

Je suis allé hier chez Madame de Surirey, avenue de Breteuil 6, et je lui ai remis l’adresse de M. Charles de Surirey.

D’après les titres authentiques, papiers et documents que m’a montrés cette famille il résulte que :
Pierre II de Surirey de St Remy, professant la communion évangélique se trouve frappé comme tous ses infortunés confrères dans la foi par le funeste édit de 1685 qui révoquait l’Edit de Nantes accordé par Henri IV à ses sujets réformés. Tout le monde sait que ces infortunés aimèrent mieux se ruiner et sortir de France que renoncer à leur foi. Pierre de Surirey vint à Surinam avec les Hollandais où il ne tarda pas à s’élever aux plus hautes dignités. Ses enfants, toujours protestants ont continué à y remplir les plus belles places. Le beau-père de Madame de Surirey actuelle revint au commencement de ce siècle à Amsterdam et son fils y épousa une noble espagnole qui est Madame de Surirey actuelle dont les deux fils, d’après ses désirs inclus dans le contrat de mariage sont rentrés par le baptême romain, dans la communion de l’église catholique après 150 ans de Réforme calviniste.


Voilà Madame quelque chose  de nature à vous mettre sur la voie. Du reste, mêmes armes, mêmes noms, papiers en règle, portraits identiques de famille et je puis dire même honnêteté et même franchise il n’y a aucun doute à avoir sur l’extraction illustre et sympathique de ces Surirey, se rattachant par l’histoire à nos troubles religieux alors que les souverains se croyaient le droit de torturer les consciences tout aussi bien catholiques que protestantes. Nous devons toujours sympathie et respect à ceux qui ont eu le courage de souffrir pour la foi, alors même que ses dogmes sont erronés. Mais comme il y a ici une origine commune ce sont des sentiments de famille qui se réveillent entre ces Surirey et vous. Le malheureux jeune homme se meurt de la poitrine. Son frère aîné, déjà marié, est un homme parfait sous tous les rapports. Leur mère, aussi bonne que distinguée me parait être une personne rare, admirable, pleine de vertu, en un mot femme de premier mérite. C’est aujourd’hui même que le fils aîné doit  aller à Montmartre. Madame de Surirey et  ses enfants me chargent, Madame,  de leurs meilleurs compliments pour vous. Elle prétend que les Bombelles d’Autriche sont vos parents par une aïeule du nom de Surirey. Veuillez donc parler à Mlle Alix d’Alfred et d’Alexandre d’Ambly, le premier capitaine de Hullans (sic) et le deuxième commandant de Lovenhuller  en Autriche et lui faire mes plus empressés et affectueux compliments.
Mille et mille choses respectueuses à Madame de Surirey, à l’excellent et vénérable Monsieur Cormier et veuillez recevoir pour vous Madame, avec mes meilleurs sentiments la nouvelle assurance du profond respect avec lequel j’ai l’honneur d’être, Madame,

Votre très humble, très obéissant et  … serviteur en N.S.

L. d’Ambly

 


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