II. Jeune engagé volontaire dans la cavalerie

Pol arrive ainsi au 1er Régiment de Chasseurs à Cheval le 9 février. Il a 17 ans, est blond aux yeux gris comme son frère et mesure 1m 73, signale le registre du corps.

Ce régiment, en garnison à TOURS, lui a probablement été choisi par son oncle puisqu’il se trouve dans la subdivision de la VIENNE dont il a le commandement.

Il est à peine arrivé au 1er Chasseurs que son oncle lui rend d’ailleurs visite pour s’assurer qu’il est bien pris en main dans son régiment. Ce dernier écrit  à sa sœur peu après pour évoquer cette visite :
« je ne te raconterai pas tous les détails de ma visite à Pol et dont il a dû te parler lui-même ; mais je te dirai que je l’ai trouvé en général dans des conditions favorables à son avenir militaire : il est bien élevé, cause bien, paraît avoir beaucoup de bon sens et comprendre bien sa position. Il est d’un physique avantageux pour servir dans la cavalerie. En même temps que sa croissance va se compléter, son instruction militaire effacera je n’en doute pas cette légère courbure d’épaule qui tient à ce qu’il a grandi vite. Il va grandir encore et se redresser complètement ce qui le rendra un beau militaire »

Pol découvre toutefois que la vie de soldat n’est pas aussi facile qu’il l’imaginait au départ:
« tu ne peux pas t’imaginer combien un jeune homme qui a de l’éducation et de bons principes souffre au milieu de tous ces paysans qui ne pensent qu’à boire et à manger ; je sais garder mon rang et ils le voyent bien, car ils sont pour moi pleins d’égards. Je n’ai pas trouvé parmi eux un camarade qui peut me convenir. On m’a presque assuré qu’au bout de six mois je serais brigadier » écrit- il à sa mère.

Grâce au niveau scolaire acquis lors de son passage au collège, il réussit à se faire affecter dans un travail administratif qui lui permet de vivre moins avec la troupe et d’être plus au contact des cadres dont il se sent plus proche par l’éducation. Il est ainsi très vite accueilli avec bienveillance par les sous-officiers du régiment.

Par ailleurs, M. de BLANGY l’ayant recommandé auprès de Mme BOULANGER dont le fils* a servi aux lanciers avec Auguste, Pol s’évade tous les dimanches pour dîner chez elle où il peut aussi laisser les affaires personnelles qu’il ne peut conserver au régiment.
A TOURS il reçoit aussi la visite de M. DEGOUTIN, ami de la famille, qui vient le chercher pour l’emmener déjeuner.

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Depuis mars 1854, l’armée française se bat en CRIMEE où Auguste est déjà parti avec son régiment. Pol espère bien pouvoir participer à cette campagne, car ce serait une excellente occasion de progresser rapidement dans la carrière militaire. Sachant monter à cheval avant de s’engager, il a en effet pu terminer ses classes beaucoup plus vite que les autres et se trouve ainsi apte à faire campagne dès le mois de mai, époque où les combats de CRIMEE prennent de l’ampleur.


Il écrit à sa mère le 4 juin 1855 :
«     Nous allons très probablement aller au camp près de Lyon ; on en parle comme d’une chose certaine, les officiers eux-mêmes disent qu’avant quinze jours nous ne serons plus ici. Nous irions passer un ou deux mois au camp et de là nous
partirions pour la Crimée. On a formé quatre escadrons de guerre et j’ai obtenu d’en faire partie.
    Mon oncle est revenu me voir et il est aussi très content que je reste aux escadrons de guerre car il y aura m’a-t-il dit beaucoup d’avancement. »


Puis le  22 juin :
« Ma chère maman,
Voilà ma dernière lettre que je t’écris de Tours, nous avons reçu l’ordre de départ il y a deux jours, nous partons mercredi prochain pour le camp de Lyon et j’en suis enchanté. Nous allons être mené un peu durement mais c’est un acheminement vers la Crimée et si dans quelques années Dieu me permet de te revoir, je pourrai j’espère te montrer les galons de sous-officier et peut-être aussi quelque chose sur la poitrine .»


Auguste, quant à lui, donne des nouvelles de SEBASTOPOL où il a retrouvé leur cousin Edouard de MECQUENEM, capitaine du corps d’Etat-Major qui sert à la 11ème division d’Infanterie de l’Armée d’Orient et un ami de la famille (son père était témoin lors de la déclaration de la naissance de Pol), Anatole de BIGAULT de MAISONNEUVE qui est capitaine Adjudant Major en 1855 au 18ème régiment d'infanterie de ligne. Dans ses lettres, Auguste ne cesse de récriminer le choix fait par Pol de s’engager dans la cavalerie et non dans l’infanterie. Un avis que semblent d’ailleurs partager Anatole, mais aussi le Général NIOL avec lequel Auguste a parfois l’occasion de déjeuner.

Le 4 septembre 1855, Fanny reçoit malheureusement une lettre du Baron CHRISTOPHE, un ami belge de la famille, qui vient d’apprendre de son ami le Général NIOL commandant la brigade à laquelle appartient le régiment d’Auguste, que celui-ci était décédé du choléra le 21 août.

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Le 1er Chasseurs a donc été transféré à LYON, mais n’a finalement pas été envoyé en CRIMEE. Pol côtoie dans cette garnison des régiments qui en reviennent et a l’occasion de retrouver des sous-officiers qui ont connu Auguste.

Sa déception de ne pas partir en campagne est cependant rapidement compensée car, conformément à ses espoirs, il est nommé Brigadier le 22 novembre 1855 :
« depuis que je suis brigadier je suis bien plus heureux, je ne suis plus toujours mêlé à tous ces troupiers plus mal élevés les uns que les autres. J’ai pris bientôt cette fermeté si nécessaire chez nous et sans être aussi sévère que les autres, je me fais obéir plus facilement. Pour la théorie, j’en apprends quelques pages chaque jour et j’ai eu bientôt rattrapé mes camarades. Je n’ai pas encore été puni et j’espère bien continuer » (lettre à sa mère du 31 décembre 1855).

Ce premier galon ne suffit pas bien sûr à le satisfaire et, dans sa volonté de progresser rapidement, il voudrait brûler les étapes et être choisi au plus tôt pour être envoyé à SAUMUR comme élève sous-officier. Il ne cesse d’en parler et sa famille y est d’ailleurs très attentive:
« Le plus essentiel de tout cela, c'est que Goussencourt (colonel du 1er Chasseurs) me donne de bonnes notes sur Pol qu'il vient de proposer pour l'école de Saumur, (seul moyen, en raison des circonstances et si Pol veut travailler, de lui faire obtenir promptement les galons de S-officier). Pol est ainsi noté par son Cape à l'inspection générale: « est très capable, a une conduite régulière, sert assez bien mais n'a pas encore assez d'énergie. »  Cette note quoique pouvant être meilleure, donne cependant des espérances » écrit le Général de WACQUANT à sa sœur.

Une autre lettre de Pol, tout en témoignant de sa vie en corps de troupe, nous montre l'impatience constante qu'il a déjà vis à vis de l’avancement, et qui est somme toute bien naturelle à cet âge :

« Lyon, le 27 mai 1857
Ma chère Fanny,
Chacun son tour de se plaindre de rester si longtemps sans nouvelles, je t’ai écrit il y a plus de quinze jours, j’attendais de jour en jour ta réponse. Je sais maintenant à quoi m’en tenir pour mon entrée à Saumur. Le Colonel m’avait dit que j’étais porté avec le N°1 aussi j’étais étonné de ne pas être accepté, et j’avais encore de l’espoir. Aujourd’hui je viens de voir ce qui était cause que je n’étais pas à l’école, je n’ai même pas été proposé, j’ai devant les yeux le tableau des brigadiers qui devaient y aller et j’ai bien cherché mon nom, je ne l’y trouve pas. Jusqu’à présent j’étais comme en suspens, j’espérais tous les jours que cet ordre allait venir, et je vois avec plaisir d’un autre côté que j’ai pris le meilleur parti en me mettant dans un bureau.
Comme je te le disais dans ma dernière lettre je devais aller m’installer, en effet j’ai pu convenir à l’officier et depuis ce temps je suis fonctionnaire fourrier1 de peloton hors rang2 et j’attendrai maintenant avec patience une autre position car je ne suis pour ainsi dire plus soldat, je suis presque aussi libre qu’un civil.
Je vais t’en donner une idée en te faisant un tableau de ce que je fais. Le matin je me lève à 8 ou 9h, je vais au rapport copier les ordres du colonel ; je reviens ensuite déjeuner, je prends mon temps puisque j’ai jusqu’à midi pour faire ma digestion ; de là je vais au bureau jusqu’à quatre heures et je suis libre toute la soirée jusqu’à dix heures. Quelquefois cependant lorsque j’ai un peu d’ouvrage je vais au bureau dès le matin. Comme tu le vois, je suis assez libre, j’ai ensuite l’avantage de pouvoir lire de temps en temps : l’officier lorsque je n’ai rien à faire, a la bonté de me prêter quelques livres, de sorte que je passe mon temps assez agréablement. J’ai demandé mon prêt-franc3, c’est à dire que je touche 3f tous les cinq jours et je mange à la pension pour 2f75 : je suis assez bien nourri, de sorte que je me porte parfaitement.
Je vais écrire à mon oncle pour lui demander ce qu’il y a à faire, le meilleur je crois c’est d’attendre patiemment.
Un grand plaisir que tu me ferais maintenant , ce serait , si tu n’es pas trop gênée de m’envoyer de l’argent, j’ai quelques petites acquisitions à faire dont j’ai le plus grand besoin.
Il y a aussi bien longtemps que je n’ai eu des nouvelles de ma mère, je crains qu’elle ne soit malade. Je lui écris aujourd’hui la priant de ne jamais me laisser aussi longtemps sans me donner de ses nouvelles.
Es-tu raccommodée avec Hippolyte ? Lorsqu’il m’a écrit, il ne me parlait pas de toi aussi j’en ai fait de même.
Je ne sais pas si je t’ai dit que Christophe était passé ici : il est venu me voir, nous avons passé une heure ou deux ensemble, j’ai été ensuite le conduire au chemin de fer ; il va en Afrique, je ne sais pas trop s’il a raison, quant à moi depuis que je sais ce qui se passe dans tous les régiments j’aurais presque envie d’en faire autant.
Adieu ma chère Fanny, je t’embrasse de tout cœur. Réponds moi de suite, je te prie.

                                    Pol de Surirey



1- Responsable de tout le petit matériel de l'escadron, fonction comportant des tâches administratives et donnant en général une certaine autonomie au soldat qui la détient.
2- Peloton regroupant tous les soldats de l'escadron ayant une fonction de service qui les exclut des pelotons de combat.
3- Possibilité pour le soldat de recevoir une allocation financière pour se nourrir par ses propres moyens au lieu d'être nourri par l'ordinaire de son régiment.



Sa nomination comme Brigadier fourrier change radicalement son existence: aux ordres du maréchal-des-logis-chef de l'escadron, il est chargé de prendre les ordres chaque jour à l'état-major puis de les communiquer à l'unité. Il est aussi chargé de transmettre les ordres aux officiers ce qui lui donne accès à leur domicile à toute heure. Responsable de la comptabilité et de l'entretien du petit matériel de l'escadron et de l'établissement des billets de logement en manœuvre, cette fonction est surtout une place idéale pour devenir rapidement sous-officier.

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En octobre 1857, le 1er Chasseurs déménage, ses escadrons sont répartis entre AUCH et MONT DE MARSAN. Là encore, une lettre de recommandation lui permet d’avoir quelques relations hors service: à AUCH, il est ainsi reçu par M. de PORTES chez qui il se rend une fois par semaine. M. de PORTES est imprimeur et de la famille du député Adolphe, François, René DE PORTES (22/01/1790 - 22/12/1852) propriétaire dans le CALVADOS, d’où probablement un lien avec les BLANGY qui ont dû lui recommander Pol.

Pol s’efforce de nouveau de mettre en œuvre des appuis, en particulier M. de BLANGY, pour se faire envoyer au cours des sous-officiers à SAUMUR. Quoique encore jeune en service, il se désespère parfois de voir tous ses efforts assez vains et commence à réaliser que franchir les différents grades n’est pas aussi facile qu’il se le figurait avant de s’engager.

La perspective de végéter comme homme du rang, cumulée à la simplicité de vie que lui impose la très faible solde qu’il reçoit, lui pèse alors de plus en plus. Il en arrive évidemment à regretter de ne pas avoir suivi les traces d’Auguste et, comme nous le montrent ses lettres, son moral n’est pas toujours au beau fixe :

« Auch le 19 janvier (1858 )
Ma chère Alix,
Maintenant que j'ai ton adresse je t'écrirai un peu plus souvent. Je veux aujourd'hui te dire tout ce que j'ai sur le cœur, je ne veux pas en parler à ma mère parce qu'elle se contrarierait: tandis que toi tu pourras me donner un peu de courage car j'en ai bien besoin après toutes les injustices dont j'ai été victime. Comme je te le disais dans ma dernière lettre, je ne vais pas à Saumur, le Colonel s'est laissé influencé par un Capitaine qui avait un de ses parents Brigadier au Corps: il était porté pour Saumur avec le N 3, mais le Colonel l'a laissé partir. Je m'y attendais si peu que je n'ai pas voulu le croire avant de voir l'ordre: le Colonel m'avait cependant bien promis de me faire partir, lorsque je suis arrivé au régiment, je devais être s-officier au bout d'un an, mais maintenant je ne crois plus à rien. Il doit avoir vu Mr de Blangy à Paris, je suis sûr qu'il lui aura encore renouvelé toutes ces promesses.
Pendant quelques jours j'étais tellement découragé que je ne faisais plus rien de bon. Je recevais des reproches tous les jours, cependant je me suis remis à mon service comme auparavant, mais c'est sans aucun goût; je le fais pour ne pas être puni. Oh! Si j'étais encore à me rengager je réfléchirai deux fois, avant d'être troupier, on voit tout en beau, on se croit déjà officier, puis lorsqu'on y est on en a bientôt par dessus la tête. Si je trouvais à sortir du régiment sans être à charge à qui que ce soit je le ferais de suite(…) Sans la lecture, au régiment on s'abrutit complètement, on a sous les yeux que le spectacle d'orgies, on n'a jamais de société, on est obligé de vivre comme un ours. Et surtout le grade de Brigadier, tu ne peux te figurer ce que c'est. Je préférerais cent fois être simple soldat, vous êtes le chien de tout le monde, vous êtes responsable de la propreté, de la discipline de vos hommes: le cavalier n'est jamais puni , c'est toujours le brigadier.
Lorsque je me suis engagé, je le faisais parce que je voyais que sans fortune je ne pouvais avoir d'autre position. Chez Mr Cavalier, je n'aurais pas pu avoir
toute l'instruction nécessaire pour arriver à une école du Gouvernement et puis je ne pouvais pas toujours lui être à charge. Maintenant je vois la bêtise que j'ai faite, mais je veux en subir les conséquences(…) »


« Auch le 24 avril 1858
Ma chère Alix
(…)Ce qui me tourmente le plus, c'est de ne pouvoir soutenir mon rang comme bien d'autres de mes camarades: on tolère la fantaisie, c'est un grand tort, c'est vrai, et c'est ce qui me contrarie. Car bien souvent je suis entraîné à des dépenses que j'ai peine à supporter. Aussi suis-je toujours en retard, je ne touche presque jamais de solde. Ne vas pas croire non plus que je fais des dettes monstrueuses, je te le dis franchement, je ne te cacherai rien, je n'ai jamais eu plus de 20 ou 25 francs de dettes, une fois là je m'arrête, et je laisse dire aux autres ce qu'ils veulent. On dit bien qu'il y a un comm t à tout, que celui qui fait 10 francs de dettes peut en faire tout aussi bien 100, mais je te le promets jamais je ne me mettrai dans ce cas: c'est pour cela que je redoute le grade de sous-officier, parce que tous ont une tenue fine et ce n'est pas leur modique somme de 0,75 par jour qui peut la payer(…) »

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Le 19 mai 1859 néanmoins, Pol voit tous ses espoirs réalisés. Il est enfin promu dans le corps des sous-officiers et donc nommé au grade de Maréchal-des-Logis.

Le voici pris en photo un peu plus tard (en 1861 sans doute) à CHARLEVILLE dans le dolman  vert foncé à brandebourgs noirs et le pantalon garance des chasseurs, avec ses galons de Maréchal-des-logis sur les manches:
 

 

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Entre temps, le régiment s’est embarqué le 2 mai 1859 à MARSEILLE, à destination de l’ALGERIE, pour aller remplacer le 1er Régiment de Chasseurs d'Afrique parti pour la campagne d'ITALIE.

Pol rejoint le régiment qui a installé son dépôt à MOSTAGHANEM et les opérations commencent dans le bled.

C’est sans doute à cette époque qu’il se lie particulièrement avec Gabriel de RANCOURT de MIMERAND. Sensiblement du même âge (il est né le 12 avril 1836), engagé lui aussi comme homme du rang en 1854, RANCOURT est alors sous-officier dans le même escadron . C’est le début d’une longue amitié qui durera au-delà de la mort de Pol puisqu’il demandera à RANCOURT de faire office de tuteur pour ses enfants. Cette amitié s’étendra d’ailleurs aux deux familles qui feront mutuellement connaissance au fil des ans, le château de MIMERAND (à CERNOY-EN-BERRY) se trouvant dans le LOIRET comme LA VOLVE.

Pol appartient à un escadron où règne une forte émulation: à l'inspection passée par le Général ROCHEFORT, 8 des 9 candidats présentés pour l'examen qui conditionne l'inscription au tableau de sous-lieutenant en proviennent. Pol se présente, alors même qu'il n'a aucune chance, n'ayant pas encore les deux années de grade nécessaires pour être retenu, mais il est déterminé à réussir au plus tôt et ne néglige pas de se préparer sérieusement.

Voici quelques extraits de correspondance qui nous donnent une idée de sa vie militaire en AFRIQUE DU NORD, mais nous montrent aussi que, maintenant qu’il est sous-officier, son manque de fortune est encore plus pesant qu’auparavant. L’armée du Second Empire est en effet très attachée à la parade et à l’uniforme, aussi les effets de fantaisie confectionnés à titre onéreux par les maîtres tailleurs sont de règle chez les cadres et l’aide que lui procurent régulièrement les siens, et Alix en particulier, ne suffit malheureusement pas à lui permettre ces frais importants.

« Mostaganem, le 23 janvier 1860
Ma chère Alix
Je te remercie de m'avoir envoyé de l'argent; dans la position de sous-officier j'en ai le plus grand besoin pour me monter. Avec les cinquante francs que tu m'as envoyés à Mascara, j'ai payé ma bien-venue, il me reste maintenant à me monter, ce qui est assez difficile. Je touche 2,50 tous les cinq jours, il faut que je donne 20 sous à mon chasseur et que je paye ma blanchisseuse, de sorte qu'il me reste à peu près 1 franc. Dans ce moment je n'ai ni linge ni bottes, ni effets que ceux donnés par le corps; aussi je ne puis pas sortir. Si j'étais invité à dîner par mon officier de peloton, ce qui arrive quelquefois, je serai forcé de refuser. Dans ces régiments de cavalerie de ligne ou la tenue fine est autorisée pour les sous-officiers, celui qui n'a pas de
fortune, qui ne peut pas s'habiller comme les autres, est mal vu et à chaque instant vexé par des officiers ou par des personnes qui ne peuvent pas comprendre qu'un sous-officier ne soit pas habillé comme ses camarades. Combien de fois ai-je entendu des personnes demandant comment s'appelait ce sous-officier qui était toujours en grosses bottes et pantalon de cheval; c'est M. de … lui répondait-on! Comment, ce sous-officier n'a pas de tenue fine, comme il est mal mis! En rentrant au quartier, j'avais la mort dans l'âme et je pleurais de rage. Si seulement quelqu'un venait me reprocher en face ma pauvreté (car chez nous c'est un bien grand défaut), je pourrais au moins me venger, je pourrai lui prouver que malgré ma pauvreté j'ai du cœur et de l'honneur. Et cependant je ne veux pas faire de dettes, je ne veux pas perdre mon avenir, il me faut une position, je l'aurai, je veux être officier et je le serai, car je suis entêté. Je veux prouver un jour à ceux qui m'ont jeté la pierre, qui ont ri de ma pauvreté, que malgré tout cela je suis parvenu, et qu'eux , avec leur fortune, leur argent, ils n'ont pu acheter cette position que moi j'aurais gagné par ma conduite, mon travail et avec l'aide de Dieu. Si nous avions le bonheur de faire partie de cette expédition de Chine! Là au moins il y aura tout à gagner pour celui qui a du cœur. Je reviendrais officier, j'en suis sûr, quelque chose me le dit. (…) Dans mon escadron, ce sont tous jeunes gens de famille, se conduisant bien et liés entre eux par l'éducation, ils ont toujours été très gentils pour moi, ceux là au moins comprennent ma position, et me plaignent, aussi je les aime. Je t'en ai cité un je crois, c'est un de mes amis les plus intimes, je te le nomme (de Rancourt) parce qu'il est rare de rencontrer un cœur aussi bon, un ami aussi ami. Il est plus vieux que moi, il se permet de me donner quelques conseils que je suis et dont j'ai eu toujours à me louer. Avec lui, nous travaillons tous les soirs jusqu'à dix ou 11 heures. Nous faisons de l'histoire, de la littérature, un peu de tout; nous fumons une cigarette puis nous nous couchons, voilà toutes mes soirées, sauf de rares exceptions. »


Après quelques courtes opérations, à son grand dépit, il est désigné avec un autre jeune sous-officier pour instruire 400 jeunes recrues nouvellement arrivées au dépôt et ne peut partir au MAROC où son escadron est envoyé en campagne.

« Il faut une bien grande patience pour ne pas s'emporter avec tous ces conscrits qui arrivent de chez eux n'ayant jamais quitté leurs villages; lorsqu'on leur dit de faire quelque chose, ils font tout le contraire, on leur répète cinquante fois la même chose, rien n'y fait. La moitié ne comprennent pas le français, ce qui nous rend leur instruction bien plus difficile; il faudrait savoir toutes les langues, tous les patois, encore n'y arriverait-on pas facilement. »
(lettre à  Alix du 23 janvier 1860)

Les opérations continuent cependant à se succéder et, à son tour, il a rapidement l’occasion de découvrir du pays, vivre en plein air, chasser et monter à cheval, ce qui correspond parfaitement à la vie qu’il souhaitait mener. Avec son escadron, Pol parcourt le bled et les régions montagneuses qui vont de MASCARA à la frontière marocaine en passant par ORAN et TLEMCEN.

« Camp de Sidi-Bel-Khreir, (mars1860)
Ma chère Alix,
(…)La vie est assez monotone: nous n'avons que le pansage. Le réveil est à cinq heures, mais en définitif on se lève lorsque l'on veut. Moi, voici mon genre de vie: je me lève à 6 heures, je vais faire un tour de promenade soit à pied ou à cheval, un fusil sur l'épaule, je rentre à dix heures pour déjeuner, puis je fais la sieste pendant une heure; je retourne à la pêche jusqu'à 3 heures: puis le pansage, le dîner et enfin je rentre dans ma tente; je lis ou je fais une partie de cartes, voilà toute ma journée.
 Il nous est défendu de nous éloigner du camp sans être armé, il n'est même pas prudent de sortir seul, aussi nos promenades sont-elles très restreintes, le plus loin que nous allons c'est 7 ou 8 kilomètres(…)
Aujourd'hui dimanche, que faire! J'ai tellement d'ouvrage que je ne sais par où commencer; d'abord notre tente a besoin d'être tendue; notre gourbis n'est pas fini; nous devons aller chercher des asperges, elles poussent ici comme l'herbe en France; eh bien de tout cela il est probable que je ne ferai rien ; ce matin j'ai monté à cheval depuis 6 heures du matin jusqu'à dix heures, j'ai tué quelques alouettes et  perdrix, je suis fatigué, je viens de déjeuner, je ferai la sieste, mais avant tout je n'ai pas voulu manquer le courrier, je fais toute ma correspondance(…) ».


Dans sa correspondance, Pol se livre régulièrement à des observations sur la population d’Algérie, d’une façon qui pourrait aujourd’hui soit prêter à sourire soit choquer.
« L'Arabe ne fait rien, est couché du matin au soir; ses femmes font tout, elles ne sortent jamais sans avoir la tête couverte, ce qui leur donne un air de religieuse; si l'Arabe aperçoit sa femme causer avec un homme la tête découverte, malheur à elle, s'il ne la tue pas elle a de la chance; l'arabe est très sobre, il vit avec 2 sous par jour. » (lettre à Alix du 23 janvier 1860)

Il est manifestement d’un naturel assez curieux et ses lettres à  ses sœurs contiennent toujours de longues descriptions des régions qu’il traverse et des populations qu’il rencontre au cours de ses missions :


« Camp d’ Hamman-Bel-Khreir              Frontière du Maroc 
Dimanche 18 mars 1860                               Sous la tente

Ma chère Fanny,
Depuis que je ne t’ai écrit, j’ai voyagé pas mal, je suis à 80 heures de Mostaganem sur la frontière du Maroc. Nous resterons probablement 6 mois ici ; tant mieux, le camp est magnifique et très agréable. Nous sommes sur les bords de la Tafna et de la  Monia deux rivières très poissonneuses, aussi la chasse et la pêche seront notre occupation principale. Cependant on n’ose pas trop s’aventurer, car nous sommes entourés de maraudeurs qui toutes les nuits doivent nous épier pour tâcher de nous voler , et qui nous feraient un mauvais parti s’ils nous rencontraient
seuls. Il nous est défendu  d’aller à plus de 6 km sans être armés et seuls, cependant nous faisons de magnifiques promenades à cheval et jusqu’à présent nous n’avons pas même vu un arabe, il est vrai que nous étions en nombre et que nous leur aurions donné du fil à retordre.
Le climat n’est pas très mauvais, il y a quelques  fièvres mais ce n’est rien. Les vivres sont très chers, aussi nous sommes assez mal nourris cependant j’ai tué un peu de gibier, il y en a en masse mais il faudrait aller un peu loin.
Nous avons pour cuisinier un vieux chasseur qui nous fait manger des plats jusqu’alors inconnus, tels qu’une poule au vermicelle, ou au macaroni, des oignons en salade avec des asperges et autres choses de ce genre. Dieu te préserve jamais d’un tel cuisinier.
Nous construisons des gourbis (cabanes en bois) pour l’été, la chaleur est déjà si forte qu’on ne peut pas rester sous la tente dans la journée : les nuits sont  excessivement fraîches, il faut bien se couvrir. Ce matin j’ai été à la chasse, j’ai tué trois perdrix, si j’avais eu un fusil de chasse je serais revenu chargé comme un mulet : ce soir j’irai prendre un bain aux eaux chaudes, il y a un établissement très confortable.
J’ai appris ton mariage par le dernier courrier, j’espère l’année prochaine avoir le plaisir de faire la connaissance de mon beau-frère. J’attends ce moment là avec impatience.
On parle beaucoup de nous faire rentrer en France, j’espère que ça n’aura pas lieu, la vie en Afrique me plait beaucoup. »


« Mascara le 11 novembre 1860
Ma chère Alix,
(…)L'Arabe est né cavalier, il ne connaît que sa femme et son cheval. A trois ou quatre ans il monte à cheval, part au galop, sans bride, avec une simple corde au cou du cheval. Aussi il faut les voir descendant une montagne rapide au galop de charge, franchissant tout ce qui se trouve sur son passage, on dirait que le cavalier et le cheval ne font qu'un. Leur principal amusement est la fantasia: des Arabes en très grand nombre, à cheval, le fusil à la main, se précipitent ventre à terre sur la personne à qui ils veulent rendre honneur, arrêtant leurs chevaux courts à quelques
 pas d'elle, et jetant leurs fusils en l'air, le rattrapent par la crosse, font feu et repartent à la même vitesse pour revenir de plus belle. C'est un exercice très curieux et qui indique de leur part une bien grande habitude du cheval et une grande adresse.
Les Arabes des villes commencent à se civiliser; on en voit beaucoup dans les cafés, buvant comme nous liqueurs, vins, toutes espèces de choses, jouant aux cartes et parlant très bien Français. Mais ceux du désert sont toujours aussi sauvages, et on ne pourrait les civiliser, qu'autant qu'on pourrait leur assigner un lieu où ils bâtiraient un village et où on les aurait sous la main; mais là est la grande difficulté, car l'Arabe, avant tout, aime le grand air et la liberté. Sous sa tente, l'Arabe se trouve le plus heureux des hommes; sans aucun souci il vit de peu, quelques racines, du froment pilé qu'ils appellent couscous, du mouton de temps en temps, telle est sa nourriture, sa boisson l'eau des fontaines. C'est le peuple primitif. Cependant on parviendra à les civiliser, on les prendra par leur faible, l'argent. Tous les vendredi il y a ici un marché où se réunissent 3 ou 4 mille Arabes de toutes les tribus environnantes; j'y vais très souvent et j'ai été à même d'étudier un peu leurs mœurs, leur caractère. Je connaît un peu l'arabe; en y mêlant quelques mots de français, je sais me faire comprendre; mais c'est une langue bien difficile, il faudrait un bon professeur. Les espagnols, peuple aussi sale que les Arabes, sont aussi en très grand nombre. Les Juifs ont toute la richesse du pays: leur costume est magnifique, surtout celui des femmes; leur robe est ordinairement brodée d'or sur la poitrine, elles ont pour coiffure un mouchoir avec une espèce de diadème, c'est un costume très riche; Quant aux femmes arabes, elles se cachent toute la figure; ce que j'ai remarqué, c'est leur malpropreté. Malgré cela, quelques unes sont très jolies et ont la peau très blanche(…) »

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Entre temps, Pol a appris le mariage de Fanny qui a épousé Théophile CORMIER en mars 1860. Naturellement, compte tenu de leur éloignement, Alix comme lui n’ont pu y assister.
 


Enfin, après plusieurs mois passés à MASCARA, l’escadron de Pol revient au dépôt de MOSTAGANEM fin novembre 1860 et retrouve donc une vie de garnison avec sa charge de service et d’exercices militaires.

« La vie en Afrique me plait beaucoup » écrivait-il, mais cela fait bientôt 4 ans qu’il n’a pas vu sa famille. Il est donc bien heureux, en avril 61, de pouvoir bénéficier d’une permission de 2 mois en métropole. Il se rend bien sûr dans les ARDENNES, à MELIME, où il retrouve sa mère et son oncle Alexis de WACQUANT. Il y retrouve également son frère Hyppolite qui, malade, a dû quitter le Régiment des Guides belges où il était officier et a pris sa retraite à BOUILLON dans les ARDENNES belges.

C'est aussi pour lui l'occasion d’aller à la VOLVE chez Fanny; il y retrouve sa cousine germaine Eulalie BOUCHER, fille d’Alexandre de SURIREY, avec qui il s’entend très bien et s’amuse beaucoup.
 



  « Nous avons bien ri avec Mr Boucher de celle  (une photo) de mon oncle: on ne sait pas où il a été pêcher son habit à la française; ma cousine prétend qu'il l'a loué au temple à cette occasion. Elle a voulu à toutes forces m'habiller en femme: nous avons été faire une visite et j'étais très bien, j'ai même fait la conquête d'un cuirassier, ce qui m'a beaucoup flatté. Ma cousine prétend que depuis ce jour là on ne peut plus rien me dire. » (lettre à Alix du 21 juin 1861)

Fidèle, il cherche aussi à reprendre contact avec l’abbé CAVALIER qui tient désormais une pension de 60 élèves à Paris.
A la VOLVE il fait bien sûr enfin la connaissance de son beau-frère CORMIER qui le reçoit à merveille. «J'ai quitté Fanny mardi dernier, j'avais le cœur gros, car qui sait dans combien de temps nous nous reverrons. Mr Cormier désire beaucoup te connaître: tu ne saurais croire comme il nous aime tous. Son grand désir serait de nous avoir tous réunis à la Volve. Il est toujours aux petits soins pour Fanny, il n'a aucune volonté. Elle lui a fait arranger son parc, on a abattu une centaine d'arbres devant la maison pour des points de vue.  Il avait mis à ma disposition cheval, voiture, fusil, toute sa maison enfin; il avait toujours peur que je m'ennuie…»
(lettre à Alix du 21 juin 1861)

A son retour, il n' a que quelques jours seulement pour se préparer à l'inspection, malgré cela il s'en tire bien et reçoit même des compliments. Les conditions de l’avancement sont cependant très restrictives et lui laissent peu de chance. En effet, l’avancement ne se fait qu’à la vacance de postes d’officier et la priorité est donnée aux sous-lieutenants sortant de Saint-Cyr. Quant à la vie de garnison que mène Pol à MOSTAGHANEM, elle est plutôt calme à cette époque car le bled est pour l’heure pacifié; quand le service ne le prend pas, son temps est occupé par la chasse, les bains de mer et des excursions. Il continue à correspondre régulièrement avec sa famille et l’abbé CAVALIER. Ses préoccupations sont bien entendu toujours son avancement, mais également la santé d’Hyppolite qui continue de se dégrader.

Depuis qu’il est sous-officier, Pol s’est sérieusement attelé à l’étude. Son principal objectif étant toujours de devenir officier, il doit donc se préparer pour l’examen et les questions dont font l’objet tous les candidats à l’avancement. C’est en effet lors des  inspections du régiment que les candidats à l’épaulette sont chaque année examinés et sélectionnés pour être inscrits sur le tableau d’avancement. Le soir, avec son camarade RANCOURT, Pol travaille donc histoire, géographie, mathématique, latin, grec et même anglais, tout cela en plus de la « théorie », c’est à dire les connaissances militaires.

Conscient néanmoins qu’il est toujours indispensable de soutenir ses efforts par des appuis judicieusement choisis pour leur influence, il relance régulièrement l’action de M. de BLANGY et d’Alix :

« Mr de Blangy a vu mon Colonel, je ne dis pas s'il est content de moi ou non, Fanny te le dira, mais je ne puis me vanter. Cette année, il est impossible d'être porté pour officier, il me l'a promis pour l'année prochaine. Fanny s'imagine que dans un régiment il suffit d'un nom et d'un peu de protections, elle ne sait donc pas que sur 64 sous-officiers qui composent le corps, il y en a 20 dans la même position que moi. Depuis 1856, il y a eu 26 places de sous-lieutenants, 6 seulement pour les sous-officiers, le reste pour les écoles, et bien le plus jeune n'avait pas moins de 10 ou 11 ans de service et était peut-être le meilleur sous-officier du régiment. En voyant cela , je n'ai pas lieu de me décourager, au contraire, il faut que je me fasse ressortir par mon instruction militaire puisque mes concurrents ont aussi de très beaux noms, des protections et outre cela, quelques uns de la fortune. ; il me faut donc, comme je te le disais, me faire remarquer par autre chose que cela. J'ai aussi une qualité dont je ne devrai cependant pas te parler, et qui me fera ressortir, c'est l'équitation, et c'est un grand point, quelquefois pour un Inspecteur(…) » (lettre à Alix du 21 juin 1861).

Cette lettre souligne également l'importance qu'a eue l'équitation dans sa vie: c'est en effet grâce à ses qualités équestres qu'il deviendra officier.

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Le 30 septembre 1861, le régiment rentre en FRANCE et s’installe à TARBES au quartier LARREY.

Pol y retrouve la vie de garnison, relativement monotone en comparaison avec la vie d’un régiment en ALGERIE. Son temps libre, il le passe avec son camarade RANCOURT, mais il trouve malgré tout la vie à TARBES bien morne. A part quelques excursions, quand le service le permet, la seule distraction est le café, ce à quoi il préfère la lecture et la fréquentation de la bibliothèque.

En décembre 1861, les préoccupations familiales sont la santé d'Hyppolite qui continue à décliner, et celle de l’oncle Alexis de WACQUANT qui n’est pas meilleure, la mère de Pol se trouvant donc bien malgré elle transformée en garde malade à Mélimé.

De son côté, Fanny a eu une fille, Thérèse, à laquelle Pol sera toujours très attaché et dont il va désormais s'enquérir dans toutes ses lettres.

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Au début de l’année 1862, Pol a quelques déboires : une fracture à la jambe provoquée par une mauvaise chute de cheval semble-t-il, l’envoie pour plusieurs semaines à l’hôpital où les sœurs sont aux petits soins avec lui. Malgré les soins et le repos qu’il prend après cet accident, il en ressentira une gêne pendant plusieurs années.


« Tarbes le 6 février 1862

Ma chère Alix,
(…)Je m'habitue à la position horizontale, les premiers jours j'avais des douleurs dans tout le corps, je ne pouvais pas dormir; aujourd'hui je vais tout à fait bien, j'ai la jambe tout à fait endormie(…)
J'ai reçu hier une lettre de Fanny: Mr de Blangy était à la Volve et s'occupait beaucoup de moi; malheureusement je crains bien de ne pouvoir rien faire cette année; je serai très probablement envoyé en convalescence. Fanny me dit qu'il ne faut pas en parler avant l'Inspection, elle ne se figure pas que d'ici au mois d'août, je ne pourrai peut-être pas reprendre mon service; la fracture, sans être très mauvaise, sera très longtemps avant de se guérir complètement, elle part de la cheville et va en remontant(…) »



Au cours de l’été 62, la famille est durement frappée: Hyppolite, malade depuis plus d’un an maintenant, meurt à SEDAN le 29 juillet; il n’a que 46 ans.

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Pendant quelques temps, au début de l’année 1863, Pol et son escadron sont détachés à BAYONNE, région qu’il semble apprécier beaucoup plus que TARBES, d’autant plus que la vie d’un escadron détaché hors de sa garnison comporte moins d’astreintes et permet de prendre plus de liberté, entre autres celle de chasser et monter à cheval plus souvent, ce qui est très important pour Pol.
L’escadron doit cependant rentrer à TARBES début mars et Pol partage une chambre avec Gabriel de RANCOURT avec qui il continue à travailler d’arrache-pied en vue de la prochaine inspection. Parallèlement, il poursuit ses tentatives pour obtenir des protections par l’intermédiaire d’Alix et de M. de BLANGY.

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En mars 1863, Pol s'offre un album photo (parvenu jusqu'à nous) pour y mettre les photographies de ses proches qu'il n' a de cesse de réclamer chaque année. C’est aussi pendant ce mois de mars que Pol et son régiment déménagent encore, pour CHARTRES cette fois.

En septembre 1863, ses efforts sont enfin récompensés : il est inscrit sur le tableau d’avancement pour le grade de sous-lieutenant. Il reste néanmoins à attendre qu’il y ait suffisamment de vacances dans le grade pour qu’il puisse être nommé, car à cette époque l’avancement se fait par régiment et non à l’échelle de l’armée. Il n’imagine pas encore que cela va prendre plus de temps que prévu, aussi est-il alors plein d’espoir et commence à former des projets à long terme.

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C’est aussi à cette époque que Pol semble pour la première fois s’intéresser aux origines de la famille. Il connaît bien ses cousinages et, malgré son peu de fortune, il connaît et fréquente son milieu mais, ayant peu connu son père, il ne connaît que vaguement la généalogie familiale et a peu de certitudes sur son appartenance à la noblesse.

Il correspond ainsi avec son cousin germain Charles de SURIREY, frère d’Eulalie, avec lequel il partage ses informations généalogiques, mais qui lui-même semble savoir peu de choses. Le point  qui semble le plus intéresser Pol est la question de savoir s’il peut porter le nom de SAINT REMY qu’il n’a pas à l’état-civil, et sa motivation pourrait paraître assez terre à terre  à  notre époque : « Un officier qui a un beau nom, fait ordinairement un bon mariage et je serai très content d’ajouter St Remi au mien. » écrit-il en effet à Eulalie (lettre du 1er septembre 1863).

Il s’efforce peu à peu de compléter les informations et les documents que sa mère a conservés, et fera plus tard les démarches pour faire rectifier son nom ; dans l’immédiat, il s'occupe en fait de fournir à Alix les documents nécessaires pour faire ses preuves de noblesse à la Cour d'AUTRICHE afin d'y assurer sa position auprès de la famille impériale.

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En avril 1865, déménagement du régiment pour PARIS, mais 2 escadrons dont celui de Pol s’installent à JOIGNY. Ça le rapproche des siens qui le 26 juin par exemple se rendent en famille assister à un carrousel auquel il prend part.

Toujours très soucieux de son avancement, son ambition légitime étant toujours d’accéder à l’épaulette, il espère qu’un passage par SAUMUR pourra accélérer les choses. En juillet 1865, M. de BLANGY obtient une promesse formelle du Colonel de proposer Pol pour un stage à SAUMUR ainsi qu’une promesse de l’y envoyer émanant du général d’ALLONVILLE, inspecteur du 1er Chasseurs. Les choses se présentent donc bien.

Voici à ce sujet un extrait du journal que tenait Alix lors de son séjour à la cour de VIENNE :

« Mardi 29 Août 1865
Je suis bien dans l’attente d’une lettre de Pol qui doit m’annoncer si ses vœux sont comblés ou non. Il aspire à entrer à Saumur afin de hâter son avancement – il a les plus belles promesses; mais ne lui fera-t-on d’impasse? Je tremble, parce que depuis le 21 que l’inspection a dû avoir lieu, il me semble qu’une bonne nouvelle me serait déjà parvenue. Une désillusion pour ce pauvre garçon qui n’aspire qu’à travailler et à sortir de cette position de sous-officier serait chose par trop cruelle et décourageante. Combien notre pauvre mère en souffrirait ! »


L’ inspection du Général d’ALLONVILLE s’est effectivement bien passée : il désigne Pol pour partir en stage à SAUMUR.
 
 
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